Plan du cours sur Les Contes de Charles Perrault illustré par Gustave Doré
Nous étudierons Les Contes de Perrault et les illustrations de Gustave Doré dans l'édition Pocket Classiques du 10 septembre au 9 novembre.
1ère séquence : Introduction générale
1. Présentation des auteurs ( Perrault/ Doré), du genre du conte et du contexte des ½uvres
2. Perrault : Eléments essentiels de sa vie
La querelle des Anciens et des Modernes ( documents d'histoire littéraire, Epître à Huet de La Fontaine, Parallèle des Anciens et des Modernes de Perrault( 1688-1697)
1.2Perrault : contexte historique et culturel :
La France sous Louis XIV : contexte économique, social et politique / leur écho dans Les Contes
De la préciosité au classicisme : l'écriture des Contes
2.1 Le genre du conte : Du conte populaire au genre littéraire
L'héritage d'un genre oral et populaire issu du folklore national
Un héritage littéraire : les sources littéraires de Perrault
Un genre mineur mais prisé
Le conte de Perrault : un genre littéraire / L'originalité de Perrault
2.2 Caractéristiques du conte
Un genre construit sur des fonctions et des types de personnages prédéterminés et limités : L'analyse fonctionnelle des contes ( Vladimir Propp).
Les thématiques et problématiques essentielles des contes / des contes de Perrault
Le merveilleux / l'ironie/ le destinataire / narrateur des contes.
2.3 Doré : Les contes de Perrault illustrés par Doré
Eléments biographiques essentiels
Le contexte romantique du XIXème siècle
Les choix d'interprétation : le romantisme/ la satire/ le fantastique
2ème séquence : Etudes transversales sur Les Contes de Perrault illustré par Doré
1.1 L'Art du conte : Entre merveilleux et ironie
1.2 La construction spatiale et temporelle du conte : de l'indéfini aux lieux symboliques/ mythiques ( poétique de l'espace). Perrault/ Doré
1.3 La merveilleux dans les contes Perrault/ Doré
1.4 : La diversité stylistique et la diversité des registres chez Perrault et Doré. Les interventions du narrateur/ l'ironie
1.5 Etude des moralités
1.2 Les types de personnages
Le personnage du conte : archétypal, manichéen, porteur de valeurs/ problématiques culturelles
Classification des personnages en fonction de leur univers et des problématiques familiale, sociale, politique .
Les parents/ les enfants et le héros enfant mis à l'épreuve. L'univers familial.
La figure du pouvoir ( rois/ reines/ serviteurs)
Les personnages merveilleux : la fée, l'ogre.
1.3 : Objets/ vêtements merveilleux : valeurs et fonctions dans Les Contes
Etude parallèle de Perrault et Doré.
1.4 : La nourriture dans Les Contes de Perrault et les illustrations de Gustave Doré
1.5 : Violence/ Peur et Désir dans Les Contes et les illustrations de Doré
1.6 : Le modèle de la quête( initiation et formation) dans les contes et les illustrations
1.7 : A qui sont destinés les contes ?
1.8 : Postérité et réécriture des contes
Les Contes des frères Grimm Edit. Folio Classiques
La Belle et la Bête de Madame de Beaumont
Version romantique et apocryphe de Peau d'âne
Piège pour Cendrillon de S. Japrisot ( 20ème siècle/ Polar)
Film :
Peau d'âne de Jacques Demy Film avec Jean Marais et Catherine
Exposés :
Etude rapide de la problématique essentielle de chaque conte. 15 minutes d'exposé en début d'heure sur le conte de votre choix.
Devoirs : Deux devoirs sur table
L'un début octobre, l'autre fin octobre.
Première séquence : Introduction générale
1. Présentation des auteurs, du genre du conte et du contexte des ½uvres
1.2 Perrault : Eléments biographiques
Eléments biographiques à retenir : Charles Perrault naît en 1628 à Paris et comme bien des héros enfant de ses contes, à commencer par Le Petit poucet , il est le cadet d'une famille de sept enfants. Elément plus troublant encore, il a un frère jumeau, François , qui décède à l'âge de 6 mois. Les contes semblent porter la trace de ce double présent/ absent ( les personnages redoublés deux frères, deux soeurs, les effets de miroir).
Au niveau social, la position de la famille Perrault est intéressante : Le « clan Perrault », car il convient d'appeler ainsi une famille qui s'est illustrée dans divers domaines de la politique et de la culture, appartient à la grande bourgeoisie. Famille en pleine ascension sociale, sans avoir les privilèges de l'aristocratie, elle choisit de donner une éducation forte, humaniste et soignée à ses enfants : les frères Perrault sont élevés dans le refus des superstitions et dans l'indépendance d'esprit. Ainsi, malgré des études de droit brillantes, Charles décide de rompre avec la voie tracée par la famille ( le métier d'avocat)et commence une formation littéraire. La force de caractère, l'indépendance intellectuelle sont des qualités importantes pour les héros qui triomphent de l'épreuve dans les contes.
Ses premières ½uvres ont une veine satirique et parodique, en particulier vis-à vis des Anciens : Le refus de la révérence aveugle de l'Antiquité, et la liberté prise avec elle sont déjà manifestes. L'humour et l'ironie restent des registres privilégiés dans son ½uvre.
La querelle des Anciens et des modernes
Il s'agit d'une des querelles les plus fameuses de l'histoire littéraire. Il s'agit à première vue d'une querelle esthétique et culturelle : Les Anciens sont-ils supérieurs aux Modernes ?. A vrai dire la querelle est aussi idéologique et politique .
. C'est Charles Perrault qui déclenche cette querelle en lisant un poème Le siècle de Louis le Grand à L'académie le 27 janvier 1687 ( cf document annexe et surtout les vers « La belle antiquité fut toujours vénérable / mais je ne crois jamais qu'elle fut adorable.../ et l'on peut comparer sans craindre d'être injuste/ les siècle de Louis au beau siècle d'Auguste ». La Fontaine, Racine Boileau sont présents et s'insurgent : c'est le début d'une querelle à coup de libelles, d'épîtres , de satires et de vengeances.
Une querelle idéologique et politique :L'engagement de Perrault auprès du régime de Louis XIV explique en partie sa position dans la querelle des Anciens et des Modernes. En effet, au-delà de la querelle esthétique pour décider qui est le meilleur des Anciens et des Modernes. Ill s'agit aussi d'une question idéologique et politique puisque Perrault veut montrer que le siècle de Louis XIV est plus remarquable encore que celui d'Auguste .Perrault entend aussi politiquement minorer l'influence des partisans des « Anciens » pour parvenir à une culture moderne, nationale. D'ailleurs, l'affaire des inscriptions ( 1676-1677) montre l'enjeu politique de cette question culturelle : il s'agissait de savoir si les inscriptions sur les monuments seraient écrits en latin ou en français.
Du côté des modernes, on trouve Perrault, Fontenelle, Saint-Evremond, Quinault et Bayle. Du côté des Anciens, La Fontaine, Boileau, La Bruyère, Fénelon.
Après des années de querelles virulentes , les deux partis se réconcilièrent officiellement.
Toutefois, on retiendra l'enjeu culturel de cette querelle: Elle fonde une esthétique moderne, nationale et rationnelle qui donnera des chef-d'½uvres .Tout le classicisme, en effet, avait pour référence l'antiquité, le culte et l'imitation des Anciens. Perrault exige un changement idéologique dans la culture, il invente la modernité, l'idée de progrès. Pour lui , les Anciens, parce qu'ils étaient primitifs étaient moins bons, les modernes, avec les progrès de la société , forcément meilleurs. Ainsi, l'idée de progrès était introduit dans l'histoire. Les valeurs du XVIIème siècle qui imprègnent la littérature, comme la rationalité, la délicatesse, la clarté, étaient présentées comme supérieures à l'Antiquité, qui a sa place et sa valeur mais n'est pas l'apogée et la référence absolue.
Contexte historique, social et culturel
Charles Perrault est un écrivain classique, ancré dans le siècle de Louis XIV. Il rallie la politique culturelle de glorification de la Monarchie menée par Colbert, dès 1650, puis participe par ses écrits et ses fonctions à l'Académie , à la glorification exigée de ses artistes par le « Roi Soleil » qui règne personnellement en soumettant les nobles à la cour et en restreignant le droit du clergé, dès 1661.La position de Perrault, sa dévotion envers le Roi et sa conviction de vivre une époque supérieure aux autres expliquent son engagement dans les querelles esthétiques et idéologiques de son époque, en l'espèce, la querelle des Anciens et des Modernes.
Les contes de Perrault, rédigés dans les quinze dernières années de sa vie, est à nos yeux, son ½uvre la plus importante mais passait à l'époque pour un genre mineur, voire méprisé.
Contexte historique et social : La société d'Ancien régime et la Monarchie absolue :
Le contexte dans lequel vit Perrault est celui d'une société par ordre ( Tiers Etat, Noblesse, Clergé) bien visible dans les contes. La figure royale y est particulièrement redoutable, puissante et fastueuse( Grisélidis, Peau d'âne) . La bourgeoisie, sous Louis XIV, est en pleine ascension, et détient le pouvoir économique : certains contes sont ambigus sur le rôle de l'alliance entre un titre et l'argent ( Les Fées). Les préoccupations mêmes des contes sont plus celles de la bourgeoisie que du peuple ( hormis quelques motifs hérités de la littérature populaire). Il s'agit d'épouser, de gravir les échelons de la société, d'être reconnu, éduqué, d'obtenir un statut, un pouvoir.
Le contexte économique : Le XVII ème siècle est scandé par des disettes régulières et effroyables, dénoncées par les moralistes du Grand siècle, Bossuet ou La Bruyère. A l'époque où Perrault rédige ses contes , une famine dévaste le peuple de France dans des proportions terribles : 1 /10ème de la population meurt de faim. Certains ont vu, dans l'histoire de l'abandon des enfants dans le petit poucet, l'écho de ces terribles années 1692-1693. C'est l'aspect réaliste des contes de Perrault.
Contexte culturel : De la préciosité au classicisme
Les contes portent la trace de l'influence de la préciosité, de la littérature mondaine et du classicisme.
La préciosité : le courant se développe au début du siècle autour de Vincent Voiture et tente d'approfondir l'analyse psychologique et le raffinement de l'esprit en développant un art de vivre et de parler et aussi en s'émancipant de certains préjugés, en particulier la soumission des femmes, le mariage...Tout le siècle est marqué par l'Astrée, roman précieux mettant en scène des bergers et des bergères dans une nature champêtre de fantaisie. Les contes de Perrault porte la trace de ces raffinements, et dans l'analyse et dans la préciosité de certaines expressions, parfois ironiquement.
La littérature mondaine : Les contes appartiennent aux formes brèves, prisées dans la littérature de salon, et particulièrement par les femmes. L'esprit y règne en maître ainsi que l'idéal de l'honnête homme, raffiné et exquis dans ses manières.
Le classicisme : Le classicisme atteint son apogée lors du règne personnel de Louis XIV, soit lors de l'écriture des contes. Des théoriciens codifient les genres et les règles dans différents domaines de la production littéraire et artistique, et ce, au nom de la raison et de la logique. Par exemple les genres dramatiques sont nettement séparés en tragédie et comédie et obéissent à des règles strictes. ( les trois unités) . Boileau codifie les différents genres. L'esthétique classique, d'ailleurs revendiquée par Perrault dans ses préfaces se définit par
La nécessité d'instruire et d'émouvoir en même temps ( utile dulci) Movere et docere .
L'imitation des Anciens
La soumission à des normes et la recherche de l'équilibre.
La croyance en une fixité de la nature ( opposée au baroque)
L'art de la concision et de la clarté.
L'idéal moral du XVIIème siècle
Le XVII ème siècle est marqué par l'idéal de l'honnête homme, idéal moral et comportemental qui partage avec le classicisme certaines valeurs.
L'idéal de l'honnête homme ( La Rochefoucauld), la juste mesure en toute choses , le juste milieu milieu. (Discours de Philinte au début du Misanthrope de Molière). Chez Perrault de la civilité et de la courtoisie sont toujours récompensées, ( Les fées , la s½ur malpolie qui crachera des serpents...)
La littérature du siècle classique insiste beaucoup sur la visée moralisatrice de la littérature ( Placere et docere). En particulier, Perrault en particulier revendue cette finalité comme une supériorité des modernes.
Suite du cours sur Perrault. Intro 2ème partie
2.1 Le Genre du conte : du conte populaire au genre littéraire
L'origine folklorique et populaire
L'origine du conte est orale et populaire. Chaque récitant peut légèrement le modifier. Sa construction est souvent simple : successions de récits , et ses personnages, morales et situations manichéennes. Chaque culture imprègne ses contes des croyances, des valeurs qui lui sont propres. C'est une littérature nationale mais, les contes présentent quelques traits universaux dans chaque pays ( situations, actions identiques,( cf les caractéristiques du conte).Ainsi Perrault travaille sur un fonds qui vient du folklore populaire national : il n'est pas l'auteur de la trame. Toutefois, c'est lui qui donnera au conte son statut de genre littéraire en en faisant un genre écrit raffiné et élaboré.A ce titre, il ajouté le rôle de passeur pour assurer à cette littérature populaire une postérité littéraire. Ce fonds national et populaire conforte l'engagement de Perrault dans une littérature nationale, et moderne. On notera avec intérêt que les contes sont généralement connus de tous, sans qu'on connaisse la paternité de ces ½uvres : peu de gens savent à qui attribuer le conte de Peau d'âne et du petit Poucet, certains confondent m^me les contes de Grimm et de Perrault. C'est dire à quel point cette littérature fait partie du patrimoine culturel commun. A l'inverse, Les Fables de La Fontaine, sont toujours attribuées à son auteur.
L'inspiration littéraire
Toutefois, Perrault s'éloigne de l'origine populaire et s'inspire également de sources écrites savantes.
Parmi les sources écrites et littéraires les plus utilisées par Perrault . On notera :
- les grands modèles antiques greco –romains qui de façon assez lointaine mais non négligeable founissent des créatures inquiétantes proches de l'ogre ou de la sorcière, ou de la fée( Parques, vampires, labyrinthe...cf press pocket p. 355.). IL s'agit plus d'archétypes et de catégories mentales héritées que d'influences littéraires directes.
Plus fortement Apulée ( auteur latin 125-170 ap JC) dans Les Metamorphoses ou l'âne d'Or présente des contes enchâssées comme celui des Amours de Psyché et de Cupidon qui sera repris par La Fontaine ( dans un registre enjoué et onirique prisé dans les salons du XVIIème)et critiqué par Perrault dans sa préface.
Petrone dans son Satiricon, fournit l'argument de Griselidis
- La référence incontournable de Boccace Le Decameron ( XIV ème siècle) adapté par Marguerite de Navarre dans l'Heptameron.( 10 journées de dix nouvelles chacune) Très en vogue au XVII ème siècle. Le ton est libre et varié : burlesque, merveilleux, pathétique, grivois.
- La tradition médiévale : le fonds chevaleresque avec sa magie médiévale, ses héros et ses quêtes sont des sources nationales vivaces du conte : Le Roman de Perceforest ( entre 1300 et 1350) présnete de fortes analogies avec La Belle au bois dormant (les trois déesses présidant au baptême et au destin , le mauvais sort de la quenouille conjurée par une autre déesse))
- Le Italiens constituent une source écrite importante, en particulier
Giovanni Straparola de Caravaggio ( mort en 1557) et dont le recueil de 25 histoires « Le piacevoli notti » rencontrent un succès retentissant en France avant d'être mis à l'index papour obscénité par l'éeglise/ C'esyt le m^me procédé que Décameron, celui du récit enchâssé : des jeunes filles racontent chacune une histoire pendant treize nuit. Les registres m^ment le réalisme( voire le catologique) , le merveilleux et la satire. On trouve cette évolution des contes en vers aux contes en prose de Perrault. Surtout des souhaits ridicules ( fabliaux grivois) à la Belle au bois dormant.
Les contes de Giambattista Basile ( 1575-1632) publiés sous le titre français « le Pentamerone » mais en italien sous le titre « lo conto de li conti » entre 1634 et 1636 . Il s'agit de 49 histoires, contéées sur 5 jours, de registres merveilleux, illustrant une morale/ Une maxime.
-Les Fables de La Fontaine : Quoi qu'il s'en défende, Perrault est très influencé par Les Fables , dont le succès est retentissant. En particulier dans les contes en vers.
Perrault , ainsi, n'a pas seulement le fond folklorique et populaire collecté par son fils Pierre et lui-même. Certains le lui reprocheront et préfèreront la fidélité de frères Grimm aux sources folkloriques .Il a surtout ses influences savantes et littéraires dont il occulte d'ailleurs la source. Son écriture, très ancré dans l'sthétique classiuqe et mondaine en témopigne : concision, humour, esprit, virtuosité sont préférés à la fidélité historique des sources folkloriques.
Un Genre mineur et prisé :
Le goût des « nouvelles » et des « contes »
Le XVIIème connaît un engouement pour trois formes ou registres qui appartiennent au conte de Perrault : La forme narrative courte, le merveilleux, la finalité éducative.
Les formes brèves et la mode des « nouvelles »
Les sources que nous venons de citer sont très prisés dans les salons du XVIIème où la mode des histoires courtes, appelées d'abord nouvelles puis contes sont en vogue. Les lais de Marie de France ( récits poétique) y sont pour quelque chose mais c'est surtout Boccace Décameron ( VIX ème siècle) , adapté par Marguerite de Navarre en français dans l'Heptameron qui sera influent. Le siècle prise également les nouvelles exemplaires de Cervantès.
Quelques définitions : Le conte, la nouvelle, la fable, l'histoire.
On notera une hésitation terminologique chez Perrault, au début entre histoire et contes. Il suffit de jeter un coup d'½il sur les termes employés par l'auteur m^me dans les dédicaces et les préambules, pour s'apercevoir du flottement générique( cf. document de Jean-rené Armand. Ainsi le titre de l'édition 1697 porte le terme « Histoires ou contes du temps passés. Avec des moralités ». Griselidis est en elle-même plutôt une nouvelle , avec trame romanesque, qu'un conte. L'auteur définit le « nouvelle » comme un récit narratif court plus vraisemblable dans son développement et ses actions, que le conte .
Le dictionnaire de l'Académie donne une définition du conte en 1694, très large « narration de quelque aventure, soit vraie, soit fabuleuse, soit sérieuse, soit plaisante. IL est plus ordinaire pour les fabuleuses et les plaisantes(...)Le vulgaire appelle, conte au vieux loup, conte de vieille, conte de la cigogne, conte de peau d'âne, conte à dormir debout. Conte jaune, bleu, violet, conte borgne, des fables ridicules telles que sont celles dont les vieilles gens entretiennent et amusent les enfants. (...) On appelle encore, contes tous les entretiens et discours impertients et déraisonnables ».
Cette définition met en évidence le flou dans lequel le genre était au XVIIème siècle et surtout, malgré la mode et la vogue, le mépris dont il était l'objet.
La vogue du conte de fées merveilleux et du rêve :
Le conte de fées existe avant ( cf Apulée) mais il est en vogue dans les salons du XVII et ses auteurs sont souvent des femmes : Mme d'Aulnoy, Marie-Jeanne Lhéritier , une nièce de Perrault à qui l'auteur dédie certains de ses contes, et surtout, au siècle suivant la traduction par Galland des mille et une nuits aura un succès gigantesque.
Les contes et le merveilleux est à la mode, Le succès du roman pastoral et délicat de l'Astrée en témoigne, les récits utopiques de Cyrano de Bergerac ( Etats et empires de le lune ). Dans ces formes, l'espace-temps imaginaire est traité avec une certaine abstraction et sans réel souci de vraisemblance. Le conte de fées aussi est « in illo tempore » dans ce temps –là.
Par ailleurs, le XVIIème siècle est les siècle de l'esprit ( cf la préciosité ci-dessus)et cette influence se lit dans les contes.
Enfin la magie de Versailles, savamment entretenu par Louis XIV et ses Maîtres d'½uvre, témoigne du goût de la féerie à l'époque ( les divertissements royaux, les jeux d'eau).
Le goût de l'éducation et de la morale :
Le siècle partage un intérêt pour la morale et l'éducation ( cf. ci-dessus) . Le Télémaque de Fénelon est adressé au jeune duc de Bourgogne pour le préparer aux hautes fonctions de gouvernement.
Les Fables de La Fontaine sont dédiés au Dauphin de France.
La morale et l'éducation constituent des préoccupations au c½ur même de l a production littéraire de ces années.
Le conte de Perrault :
Vers un genre littéraire
Da ns ce contexte culturelle et intellectuel, Perrault redécouvre les contes de « ma mère l'oye », à partir d'une collecte de son fils Pierre. L'intérêt devient pédagogique. L'ajout des moralités démontre cette finalisation didactique dans la reprise des contes. En effet, dans la culture populaire, les contes sont d'abord destinés aux adultes, exprimant par leur imaginaire leur réalité , leurs peurs, leurs fantasmes de réparation symbolique de leur situation sociale .Seule une partie des contes folkloriques( les contes de nourrices) sont destinés aux enfants. Perrault ne reprend donc qu'une partie de l'imaginaire folklorique et populaire, celle qui intéressent les les bourgeois et les aristocrates.
Perrault n'a pas pour ce « petit genre » le mépris de certains de ses contemporains. Toutefois, il est conscient de naïveté des contes et de leur appartenance à une littérature qui n'est pas la « grande littérature ». Ainsi, fait-il signer son fils ( un jeune doit être le prétendu auteur) et encore sous le pseudonyme de Darmancour. Evidemment, la société littéraire savait que Perrault était derrière cette réécriture littéraire. De m^me, fait-il preuve d'humour et de distance dans la narration des contes peut montrer son amusement par rapport aux croyances « magiques ». ( cf incipit de La Belle au Bois Dormant, la remarque distanciée « comme c'était la coutume des fées en ce temps-là » p.85).
L'originalité de Perrault
- Perrault est le premier à faire des contes de fées un genre à part. Auparavant, comme dans les imitations du decameron , les contes étaient enchâssés dans des nouvelles ou des histoires.
- Perrault est plus sobre sur la dimension « spectaculaire « et merveilleuse. Ce merveilleux est m^me parfois absent ( Griselidis) ou réinterprétable comme une allégorie morale : c'est la bonté qui rend Riaquet beau et non les fées)
- La force de Perrault tient à la restitution de cet imaginaire de l'enfance : il en exprime les peurs primitives d'abandon, de dévoration, les fantasmes , les rêves de filiation sublime, la pulsion pour la nourriture, le conflit entre le désir et la peur d'où la transgression, l' apprentissage des rapports sociaux et intra-familiaux : trouver sa place et se construire. Il le fait dans un style à la fois simple et très élégant. Toutefois, il n'y parviendra pas d'un seul coup. L'histoire des editions montre l'évolution de Perrault vers cet accomplissement qu'il atteindra avec les contes en prose. Dans le conte en prose, la matière / l'imaginaire populaire et folklorique est l'objet d'un traitement littéraire raffiné et moral. Perrault conserve dans l'énonciation des traces d'oralité et par ailleurs, il ménage des doubles sens, des équivoques, qui peuvent s'adresser à un public adulte ( allusions sexuelles).
Bref rappel de l'histoire des éditions et de l'évolution des contes :
La publication des contes s'étale de 1691 à 1697 mais c'est seulement en 1781 que les contes en vers et en prose seront réunis.
Deux contes en vers sont d'abord publiés séparément : Griselidis en 1691 et Les souhaits ridicules en 1693 dans la revue littéraire pro-moderne « le Mercure de France ».
1694 : Parution des Contes en vers : Griselidis, les souhaits et Peau d'(âne, précédé d'une préface
1695 : Parution de cinq des huit contes en prose ( La BBD, PCR, MC, Les Fées) offert à Elisabeth Charlotte d'Orléans, ( avec epître dédicatoire à son intention).
1697 : Histoires ou contes du temps passé, avec des Moralités : Tous les contes en prose sauf BBD
L'édition avec les illustrations de Doré date de 1862 : Edition Hetzel ( voir ci-dessous).
Perrault trouve son ton et style progressivement : Griselidis est qualifié de nouvelle et est en vers, Les souhaits ridicules sont plus proches du fabliau ( grivois et réaliste)
Peau d'âne marque l'entrée en féérie mais est en vers . On notera que dans l'imaginaire collectif, le peau d'âne connu n'est pas celui de Perrault en vers mais sa réécriture apocryphe en prose au XIXème.
Le contes en prose marque lle moment où Perrault à trouver le ton de ses contes : l'inscription de l'imaginaire enfantin dans un style raffiné et concis, non dépourvu d'équivoque et d'humour.
2.2 Caractéristiques des contes
Un genre simple construit sur des fonctions et des personnages stéréotypés : l'analyse fonctionnelle de Vladimir Propp ( 1928)
En plus des caractéristiques déjà dégagées ci-dessus ( littérature populaire et orale) et de l'originalité de Perrault dans et ancrage dans la culture et le style du XVIIème , les théoriciens et les spécialistes du conte ont dégagé des traits morphologiques communs aux contes des différents pays. Nous pouvons aussi mettre en évidence des thématiques, des problématiques et un style propres aux contes de Perrault.
Les contes offre des motifs répétitifs, des types de personnages manichéens et caractérisés de façon fonctionnelle plus que psychologique . Ces derniers n'ont pas l'épaisseur psychologique d'un personnage construit avec une identité réaliste , d'ailleurs le sobriquet qui désigne leur identité est souvent révélateur de leur rôle (Le Petit poucet). Les personnages sont désignés en fonction de leur mission ou de leur statut social ou moral (bons/ mauvais). Aussi, un linguiste russe , du nom de Vladimir Propp, dans son ½uvre « Morphologie du conte ( 1928) les appelle-t-il des Actants ( ils sont plutôt le support d'une fonction et d'une action qu'un personnage singulier) .
Propp dénombre 7 actants principaux : l'Agresseur ( ex : le loup dans le PCR), , le Donateur( celui qui donne un accessoire magique( ex : le meunier qui donne le chat à son cadet dans le maître Chat) , la princesse( souvent objet de la quête du héros), le mandateur( celui qui envoie le héros en mission ( la mère du petit chaperon rouge), le héros ( celui qui se lance dans la quête), le faux-héros ( l'usurpateur ( ex : la méchante s½ur dans les Fées), l'auxiliaire ( aide le héros). Comme on peut le constater les actants peuvent être des animaux, voire des objets, à partir du moment où ils remplissent leur fonction.
Propp dégage une liste de 31 fonctions ( dont évidemment, l'éloignement du domicile, l'épreuve, et le mariage). Les contes n'exploiyent pas toutes les fonctions mais un certain nombre dans un ordre établi.
Ainsi, la part d'inventivité est celle du choix des fonctions parmi les 31, la manière de les introduire et les développer. le style.
Cette approche formaliste est certes juste mais manque d'épaisseur pour rendre vraiment compte de l'imaginaire des contes. Ainsi, Barthes, un autre socio-linguiste, plus tard, montrera que les contes ne sont pas seulement l'agencement de fonctions, mais ont des indices qui ne servent pas immédiatement le déroulement du récit mais délivre des symboles ou suggèrent des situations. Ainsi, les morceaux de pain laissés par le petit poucet et dévorés par les oiseaux n'ont pas seulement pour fonction ( d'ailleurs ratée) de retrouver le chemin mais de montrer la fragilité des pauvres. La clef de Barbe Bleue est un indice pulsionnel du désir de savoir.
L'approche psychanalytique : les contes présentant un imaginaire enfantin ou populaire, fait de peurs, de désirs, de fantasmes, la psychanalyse s'y est intéressé pour montrer les pulsions en jeu dans les actions, le travail de l'inconscient et de la psyché dans sa formation vers l'âge adulte. Pour Bettelheim ( Psychanalyse des contes de Fées ) , le conte est métaphorique, le lecteur, surtout jeune, en le vivant émotionnellement, en tire une formation et une éducation.( cf documents annexes).
Les thématiques et problématiques essentielles :
Nous aurons l'occasion dans les analyses transversales de revenir plus en détail sur ses thématiques et problématiques, aussi, je ne ferai que les citer dans cette introduction :
- Le traitement libre voire fantaisiste de l'espace-temps aussi bien dans la description des cadres que dans le déroulement temporel ou les déplacement géographiques.
- Le thème de l'amour et de ses difficultés : Grisélidis, les souhaits, la BBD, BB, Riquet à la houppe,.
- L'ascension sociale par le mariage ( Grisélidis, BB, Chat Botté, Les Féees, Cendrillon)
- Les rapports parents/enfants ; hommes/femmes, forts/faibles.
- La féérie et le merveilleux : Certains contes ne sont pas féériques : Griselidis, PCR, , la féérie est parfois maléfique ( BBleue), ou parfois subvertie et donc mise en doute ( l'amour de la princesse a changé Riquet et non pas la féérie)
On remarquera que les thématiques correspondent souvent à des préoccupations bourgeoise.
Certains contes présentent des similitudes : Peau d'âne et Cendrillon ( une princesse devient souillon , une souillon devient Princesse, l'anneau ne va qu'à Peau d'âne comme le soulier ne va qu'à Cendrillon). Le petit chaperon Rouge et Cendrillon présentent deux héroïnes qui découvrent l'amour. Le Chat botté et le Petit Poucet présnetent deux héros qui restent des adolescents et oeuvrent pour le bien des autres.
Les registres et l'énonciation propres à Perrault :
L'ironie, l'humour, l'équivocité, l'élégance et la concision des propos caractérisent le style des contes de Perrault : prise de distance par rapport à ce genre et ses croyances, jeux mondains, goût de la satire et de la parodie, du mot d'esprit . ( cf cours sur ce thème).
L'ironie touche les femmes, le merveilleux ( cf la remarque amusée sur les fées dans BBD , citée ci-dessus).
Le double destinataire, enfant-adulte ( propos coquin sur la nuit sans sommeil de la princesse qui a dormi 100 ans)
Parodie ou imitation d'auteurs, voire de La Fontaine dans certaines moralités.
Troisième partie intro.
Biographie de Doré et étude des illustrations des contes de Perrault
Gustave Doré naît le 6janvier 1832 à Strasbourg, dans sune famille bourgeoise. Il est le plus grand illustrateur du XIXème siècle . Il illustre les contes drolatiques de Balzac(1855), la légende du juif errant d'Eugène Sue ( 1856), l'Enfer de Dante ( 1861), Les contes de Perrault ( 1862) mais aussi, Don Quichotte, Le Paradis perdu de Milton, La Bible, et Les Fables de La Fontaine. C'est un des artistes les plus connus de son époque, mais, bien qu'il peigne et sculpte également, il ne connaîtra pas la notoriété dans ces genres « nobles » mais à travers le « petit genre » des caricatures . On peut à cet égard , rapprocher Perrault de Doré.
Quelques éléments biographiques importants :
Certains critique ont parlé du « cas » Gustave Doré, parceque l'artiste entretenait avec sa mère un rapport fusionnel, qu'elle la élevé dans une idée grandiose de lui-m^me, qu'il ne l'a jamais quitté, qu'il ne s'est jamais marié et qu'enfin, sa chambre au dire des contemporains était meublée comme celle d'un enfant. Il ne survivra que deux ans à la mort de sa mère . Il meurt en 1883.
La lecture de Perrault par Doré :
La façon dont Doré a illustré les contes constituent une vision nouvelle. Ces illustrations n'ont pas une simple valeur ornementale. La puissance créative de Doré en propose une vision qui fait ½uvre non pas totalement autonome mais très personnelle. La suoite des illustrations ont d'ailleurs :
1. Une fonction narrative : on pourrait presque se passer du texte et comenter le Petit Poucet à travers la suite d'images proposées par Doré.
2. Un fonction explicative : Pour l'enfant quo ne sait pas lire, l'image est souvent plus éloquente que le texte.
3. Une fonction esthétique, critique et ludique : le travail de l'artiste( romanisme des lieux, des actions) , la satire ( caricatiures sociales et l'imaginaire de pulsions ( la nourriture, la peur, le désir) sont au c½ur des illustrations de Doré.
Pour analyser l'interprétation de Doré il faut noter en outre quels sont les contes préférentiellement illustrés, les épisodes choisis ( ou inventé), les libertés prises avec le texte, et enfin le style/ registre développé.
Les registres :
L'histoire familiale , la personnalité à la fois narcissique et mélancolique de Doré ainsi que le contexte culturel de l'époque ( romantisme et début du réalisme)( cf documents) expliquent certaines visions et relectures de Perrault.
Quelques caractéristiques peuvent d'ores et déjà être dégagées :
Vision romantique ( lieux de la mythologie romantiques comme la nature et la forêt) ( BBD p ; 229) « Il marcha vers le château... »et réaliste à la fois ( cf( représentation de la pauvreté du peuple dans Le Petit poucet , p. 250
Vision Gothique(la peur) voire tragique ( malédiction) , Le maître Chat p ;242ouBarde bleue p.238 ou Ambiguë : l'attitude du PCR face au loup ( p. 233)
Vision comique ( amusement ou satire). Doré se caractérise par ce mélange de rêve et de réalité qui correspond bien à l'articulation qu'il vit au niveau de l'histoire des idées.
Peau d'âne p. 221 « les grands de l'Etat s'assemblèrent » Le petit Poucet p. 260.
L'art de l'illustration :
L'art de l'illustration et du beau livre se développe au XIXème siècle dans un souci éducatif destiné au public bourgeois. Le terme d'illustration au sens d'image gravée associée à un texte imprimé, n'apparaît qu'en 1839. Le développement de la science, de l'industrie et de l'alphabétisation permet son essor et il trouve un lectorat auprès d'un public bourgeois fortuné et raffiné. L'illustration se répand entre 1830 et 1875. Doré renouvelle le genre en tentant de donner un véritable statut esthétique voire artistique à ses illustrations : il travaille généralement dans un format grande vignette, en pleine page donc, ( plus proche du format tableau et détachable éventuellement) . Doré est également influencé par les débuts de la photographie : on s'en apereçoit par ses soucis de cadrage. Enfin, Doré illustre abondamment ses textes et livre son propre imaginaire, inversant parfois l'ordre ( cf petit poucet) voire l'interprétation. On a donc deux ½uvres : celle de l'écrivain et celle de l'illustrateur. Doré sera très populaire en tant qu'illustrateur et d'ailleurs, ses livres illustrés étaient abordables même pour la petite bourgeoisie, soucieuse d'éduquer ses enfants et d'acquérir de beaux objets. Dans ce contexte de développement du livre éducatif et illustré l'édition Hetzel prend son sens.
L'édition Hetzel :
L'édition Hetzel ( 1814-1886) est une catastrophe au sens de la fidélité aux écrits de Perrault. En effet, il supprime les moralités, Griselidis et les souhaits ridicules et substitue la version en prose de Peau d'âne, change l'ordre des contes, les paragraphes sont diminués...Il modifie également certains arguments et thèmes pour ne pas offenser la morale bourgeoise et religieuse du XIXème siècle, ainsi le thème de l'inceste est édulcoré dans Peau d'äne.
La structure de l'édition Hetzel illustrée par Doré :
L'accent est mis sur le destinataire enfant du recueil et par conséquent l'édition Hetzel s'ouvre sur
Le Petit chaperon rouge, suivi du Petit Poucet, se clôt sur Barbe bleue ( 8ème position) ( pour adultes), certains commentateurs ( David Ruffel). y ont vu une construction circulaire mettant en évidence le registre fantastique dans la lecture que Doré fait des contes de Perrault avec préséance des terreurs enfantines .
Au centre du recueil ( 5ème place) : Le chat botté, amplement illustré , dans le registre satirique, mais aussi gothique / romantique, et aussi réaliste( cf paysans moissonnant) .
Enfin de part et d'autre du chat Botté, Les contes à thématiques amoureuses : : La Belle au bois dormant ( 3ème position), cendrillon ( 4ème position) d'un côté, Peau d'âne( 6ème position) et Les Fées ( 7ème position) , de l'autre, tous deux plus réalistes.
Ce choix de restructuration de l'oeuvre de Perrault et toutes les modifications ont une importance capitale, en effet, c'est cette édition que Doré illustre et non pas celle que nous étudions, et qui vient de l'époque comme du choix de Perrault. Celle de Perrault, met en valeur l'évolution de son style ( contes en vers , puis contes en prose, cf ci-dessus l'histoire de leur édition).
Le succès et l'introduction de l'édition Hetzel :
cette édition a fait date grâce aux gravures de Doré et de façon paradoxale , c'est cette édition très infidèle qui va populariser les écrits de Perrault et les fixer dans l'imaginaire populaire .
L'introduction à l'édition Hetzel/Stahl explique les raisons pour lesquelles il est important de lire des contes aux enfants :
-A cause du merveilleux : L'enfant a une pensée qui n'est pas totalement rationnelle : il croit en ses illusions, en l'anima des choses. Ce registre appartient au fonctionnement de sa psyché et de son imaginaire.
- Car il est adressé à des enfants et présente le monde enfantin : Or , l'enfant n'est pas encore capable de porter son intérêt sur des éléments qui ne sont pas lui ou proches de son univers d'enfant .
-La morale exprimée en termes didactiques est inaccessible aux enfants, aussi l'édition Hetzel ( alias P-J Stahl) les supprime-t-il.
Il faut savoir que ls contes de Perrault ont été illustrés au XVIIème siècle par Clouzet, dans un tout autre esprit. Vous pouvez consulter ces illustrations en ligne en tapant Perrault Clouzet dans le moteur de recherche Google par exemple.
Le ton de renouvellement de lecture par Doré est donné par le changement de la gravure placée en frontispice : celle de Clouzet ( 17ème s.) et celle de Doré ( 19ème s.) expriment une époque et des enjeux différents. Document annexe.
ETUDES TRANSVERSALES
I. L'ART DU CONTE
.Le conte se caractérise par son oralité, une simplicité des structures de la narration, des motifs répétitifs (actions,espaces), et donc prévisibles, des personnages stéréotypés et manichéens, et la prédominance du registre merveilleux. Le conte de Perrault offre une reformulation littéraire du conte populaire avec un style et un ton qui tout en étant particulier à notre auteur n'est pas toujours uniforme d'un conte à l'autre : la sobriété classique, l'esprit, l'humour et l' ironie, une certaine variété dans le style et les registres .
N.B : Précision sur la simplicité du conte
Un récit simple : les contes sont le plus souvent construits sur des principes simples, comme le met en évidence Elisabeth Kennel.
- Le titre renvoie au héros éponyme ( 10 fois sur 11 hormis les souhaits) et ce par le biais d'un sobriquet ou d'une périphrase.
- Le récit est au passé
- Les repères spatiaux temporels sont indéfinis ' Il était une fois »
- L'action est unique ( exception, La Belle au bois dormant, deuxième intrigue après le mariage)
- Le schéma narratif est immuable : 1. la situation initiale qui se voit 2. perturbée ( éloignement, fuite, rencontre...) 3. des péripéties s'enchaînent, un événement rééquilibre la situation ( mariage, imposteur démasqué), une situation finale marque le retour à une stabilité ( normalement heureuse, normale ou malheureuse pour PCR)
- Le merveilleux apparaît
- Le récit est rapide et concis.
ETUDES THEMATIQUES ET PROBLEMATIQUES
SUR PERRAULT ET DORE
1. Le traitement de l'espace et du temps dans les contes de Perrault et les illustrations de Gustave Doré
Intro :
Les cadres spatio-temporels des contes se situent dans un ailleurs lointain et indéfini, caractéristique du merveilleux , comme l'indique la formule consacrée « Il était une fois ». Le déroulement temporel et l'enchaînement des espaces sont tout aussi fantaisistes. En effet, le conte ne cherche pas à contextualiser ses actions de façon vraisemblable ou réaliste: Le temps qui prime est le temps affectif ou psychologique, celui de l'épreuve et de la formation. Les lieux, quant à eux, sont plus archétypaux que réalistes ( la forêt, le château, la chambre interdite...) et souvent symboliques, voire mythiques . Comme ils matérialisent aussi des projections de la psyché enfantine, ils se prêtent volontiers à une interprétation psychanalytique . Toutefois, si Perrault adhère à cette imprécision référentielle , il parsème son récit d'indices renvoyant à certains aspects de la France de Louis XIV et de la société du XVIIème siècle.
Nous verrons donc comment et dans quelle mesure Perrault et Doré gardent le caractère imprécis de l'espace et du temps dans les contes, puis, quels sont les espaces symboliques , voire mythiques les plus importants et les interprétations qui en découlent, enfin, la signification psychanalytique de certains de ces espaces et temporalités.
1. Un espace-temps indéfini et « merveilleux »:
1.1Le traitement du temps :
Le cadre temporel :
Le conte s'ouvre sur un temps indéterminé...« In illo tempore » , en ce temps-là, « Il était une fois »,. Cette formule temporelle indéfinie ouvre bien des contes, 9 sur 11 ( exceptions : Griselidis et le Chat botté) . Ainsi dans Peau d'âne « Il était une fois », la PCR « Il était une fois »ou BBD « Il était une fois un roi et une reine »...formule consacrée des contes et des contes de fées en particulier. C'est l'expression même de cet ailleurs du « merveilleux ».
Le déroulement temporel est aussi peu précis voire fantaisiste :
On notera l'absence de datation directe ( dates du calendrier) et de repères temporels précis qui pourraient évoquer le déroulement de l'histoire comme l'enchaînement de saisons par exemple. Ainsi le PCR se déroule-t-il dans l'indétermination totale au niveau temporel. Après avoir ouvert sur « Il était une fois », l'action entière se déroule « un jour » (p.109). Le déroulement temporel n'est pas plus précis : On devine que la durée ne doit pas excéder le temps que le PCR met à rejoindre la maison de sa grand-mère « par le chemin le plus long » à travers la forêt, et celui que le loup met à le dévorer. De même dans BBD, les repères du déroulement temporel sont vagues « Quelques temps après » ( p.99), ou dans MC »une autre fois »( p.135) . Les écarts entre la durée de l'histoire et celle de la narration sont en outre très extrêmes dans ce conte. Les cent ans de sommeil sont expédiés en quelques lignes, après une ellipse « Au bout de cent ans » ( p.93).A l'inverse, la scène où le prince parcourt les pièces du château jusqu'au « Galetas » perché en haut du donjon, est ralenti ( p.92-93), tout comme la scène où la reine ogresse veut manger « la petite Aurore » et « le petit jour » ( trois pages 99à 103).
1.2 Des lieux génériques et imprécis :
Des espaces limités et archétypaux :
De la même façon, les lieux dans les contes sont souvent archétypaux et peu variés. Ils sont présentés sous des formes génériques : Le Château, la cour, la forêt, la maison, la campagne, la fontaine, la pièce interdite.
La forêt , dans le PCR n'est même pas décrite, elle est « nommée ». Le château de la BB, est juste évoqué, l'auteur s'attardant sur la richesse des biens qui sont à l'intérieur.
La campagne que traverse le Chat Botté n'est pas présentée non plus. Ces espaces sont des indicateurs référentiels du cadre social, géographique et mental des aventures du héros. Ils sont nommés et non décrits ( avec quelques nuances) car ce sont plus des signes ou des symboles que des contextes présentés pour eux-mêmes. L'espace de la forêt a moins de valeur en elle-même que par opposition à l'espace intérieur du château ou de la maison voire du village. Il s'agit d'espaces qui prennent sens par rapport àleur opposé: l'opposition nature /culture par exemple (maison/ forêt), l'opposition sociale ( château/ masure), ou psychique ( rassurant/terrorisant). Les espaces des contes ont donc une forme d'abstraction qui les rapprochent des archétypes.
Transition : L'imprécision de l'espace et du temps n'est pourtant pas absolue et bien que le conte ne soit pas une fable dans le genre de celles de La Fontaine, il est possible de voir se profiler le contexte du XVIIème dans certains cadres.
2. Un espace-temps inscrit dans un contexte historique et culturel
Si les repères spatiaux-temporels du conte sont imprécis, on peut cependant trouver des indices de la société du XVIIème. Perrault nourrit son texte de références à Versailles, et aux codes de la civilité du XVIIème siècle. Ces détails sont des repères indirects de l'espace et du temps de l'auteur.
2.1Quelques repères spatio-temporels précis : Versailles et Louis XIV
On notera une évolution entre les contes en vers et les contes en prose/ Griselidis renvoie par de nombreux détails à la vie à Versailles, Peau d'âne, est construit en partie autour de la figure d'un roi absolu et puissant. Griselidis, donne deux références spatio-temporelles précises, : le cadre est italien puisque le « Pô » est cité. Le conte semble se dérouler lors de la Renaissance italienne mais tout renvoie à Versailles : l'éloge du Roi (p.306et 307) au début, « jeune et vaillant Prince », « propre au métier de Mars » » Il aima les Beaux-Arts./ Il aima les combats, il aima la victoire/ Les grands projets ». de le même façon, la fête donné pour l'hyménée fait immanquablement penser à la pompe et à la magie de Versailles » Pompe, Art industrieux... » ( p.318), et les festivités raffinées aux occupations de la cour sous louis XIV( danses, jeux, courses tournois »p.322 Il en va de même du temps,: par une formule précieuse, le narrateur précise les ellipses temporelles cf : « Quinze fois le soleil , pour former les saisons/Habita tour à tour dans ses douzes maisons », i ;e 15 ans Nous pouvons penser que l'absence de féérie dans Grisélidis, sa trame romanesque et les débuts de l'auteur ds le genre, expliquent cette plus grande précision de l'ancrage référentiel..
Certains contes s'inscrivent dans la vie de cour ( la fin du petit Poucet, le bal de Cendrillon) ou rappellent les événements historiques ( guerres sous louis XIV : BBD,le Prince part combattre pour son roi )
2.2La vie sociale au XVIIème siècle /La vie culturelle
La noblesse :En dehors du château , riche et magnifique, le conte parsème des indices de vie quotidienne qui donne une image du contexte de la noblesse au temps de Perrault. il est repérable à les habits, amplement décrits par Perrault ( cf leçon sur les accessoires ). Dans Peau d'âne, les habits sont des ½uvres d'art inspirées de la cour ( couleur de lune....)féériques . Dans LBB » des gardes(robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres ». Beaucoup de pierreries, d'or fin, d'argent. Les robes à « collet monté » permet même de dater la mode à la cour , cent ans auparavant. Il est aussi identifiable par le mobilier ( riche de LBB), ou la nourriture ( LBB).
La cour se distingue aussi par sa civilité,
Le Peuple :Le peuple est aussi présent à travers son habitat pauvre et délabré : la chaumière du petit poucet, et la misère semblent rappeler les disettes de la fin du siècle ( abandon des enfants). La description de l'habitat , des habits de la pauvreté et la saleté ( Peau d'âne) du peuple ne sont pas sans réalisme malgré le genre du conte.
La vie culturelle du XVIIéme : les salons mondains : L'humour du narrateur sur la temporalité n'est pas sans rapport avec son époque :Perrault souscrit et s'amuse de ce flou contextuel, prenant ainsi une certaine distance avec le « merveilleux ». Dans La BBD , le narrateur renforce cette fantaisie temporelle en adressant au lecteur une précision temporelle qui ne renvoie à rien « Comme c'était la coutume des fées en ce temps-là »( p.85). de même, pour parler de la rapidité avec laquelle la gentille fée endort tout le palais « Tout cela se fit en un moment ; les fées n'étaient pas longues à leur besogne »( p.91). Le conteur se permet aussi des approximations temporelles amusantes : (p.87) « Ainsi au bout de quinze ou seize ans, le roi et la reine étaient allés à une de leurs maisons de plaisance », hésitation qui prouve bien que l'exactitude chronologique n'est pas importante dans le conte. Des distorsions temporelles invraisemblables sont pratiquées dans les contes, ce qui a pu amener certains à parler de temps élastique.
Le double destinataire mondain des contes n'est pas sans incidence sur le déroulement temporel/ ni sur la façon de présenter les lieux : Perrault lui adresse certains sous-entendus et montre alors la distance amusée qu'il se doit d'avoir avec le petit genre.
Transition : Le temps et l'espace ont pourtant et surtout une valeur émotionnelle, symbolique, et initiatique dans les contes. le conte les convoque pour leur puissance de suggestion, leur pouvoir symbolique/ mythique et psychique. Nous retiendrons trois espaces privilégiés : La forêt, le château/la masure et la pièce interdite.
3. La valeur émotionnelle, symbolique, et psychanalytique de l'espace et du temps
3.1Un temps affectif/ celui de l'épreuve et de la formation :
On constatera la primauté du temps symbolique, psycho-affectif sur le temps réaliste. Ainsi, la peur fait-elle durer les épisodes dans la forêt ou chez l'ogre dans le petit Poucet. Dans Barbe Bleue, le temps consacré à la péripétie de la transgression (ouvrir la porte) est très dilaté ( p.121). Cette dilatation métaphorise la montée du désir exacerbé par l'interdit. De même , la scène finale où la Barbe Bleue menace sa jeune femme est très séquencée et répétitive ( P. 123à 127) . Il s'agit d'entretenir le suspens et la peur. Enfin, le temps présente un aspect répétitif et cyclique dans bien des contes : La répétition des mêmes actions ( les trois menaces du chat botté aux paysans moissonneurs, les deux abandons du PP, les trois robes de Peau d'âne ) ou des mêmes paroles ( PCR dialogue final avec le loup) semblent ralentir la progression. La répétition a deux valeurs essentielles : elle sert de dramatisation, de suspens, d'intensification des peurs et désirs et de traversée psychique de la peur pour le lecteur enfant comme pour le héros initié. Le temps de l'épreuve se répète pour respecter le temps de l'investissement émotionnel par le jeune lecteur . la répétition est aussi un moyen mnémotechnique qui fait partie de l'art du conte et du plaisir de l'anticipation des événements chez le lecteur enfant ( qui peut éventuellement dire les mots « c'est pour mieux te »). La répétition démontre aussi la valeur initiatique et psychique du temps dans les contes. C'est ce temps-là plutôt que le souci d'inscrire une temporalité réaliste qui l'emporte.
3.2 Les lieux privilégiés et leur valeur symbolique, psychanalytique
La forêt dans les contes :
La forêt est au centre de très nombreux contes en prose ( BBD, PCR, Petit poucet) . On peut y lire l'influence de la littérature médiévale :la forêt est le lieu de la féérie dans les romans du M.Age( cf les fées Morgane, la Dame du Lac , Merlin l'enchanteur) et l'espace de l'aventure pour le héros chevalier qui y rencontrera des épreuves, mais aussi des adjuvants ( Lancelot, les chevaliers de la table ronde). La forêt est un espace sauvage opposé à l'espace domestique clos que le héros quitte ( PCR) ou a été forcé de quitter. Il représente les pulsions primitives et sauvages. Il représente aussi le vaste monde vers lequel l'enfant doit aller s'il veut grandir et quitter le microcosme de la maison. Le héros connaît dans la forêt une initiation ou une épreuve, qui l'amèneront à une sorte de maturité ou il y fera des rencontres fatales (PCR).
-Le lieu des instincts sauvages :
La forêt est symboliquement un espace sauvage qui s'oppose à celui de la société. Dans le PCR, il vaut surtout dans cette opposition : un « bois » ou « forêt » abrite son prédateur « un loup » . Dans cette « forêt », on peut voir « quelques bûcherons » ( petit rempart social qui empêche le loup d'agir), et on sait qu'il va un « chemin le plus court » et « un chemin le plus long ». La forêt renvoie dans PCR à la sauvagerie des pulsions et au danger extérieur. C'est l' espace opposé à la rassurante chaumière. Dans la morale, il n'est même plus question du danger qui guette celles qui s'aventurent dans le forêt, loin de chez elles, mais celles qui ne voient pas autour de l'homme même familier « privés »( p.113) « d'humeur accorte »(p.113), celui qui est prêt à les suivre « jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ». La forêt dans la morale est en fait un homme animé de l'instinct de la forêt.
-La forêt comme lieu de l'épreuve et de la qualification : Valeurs symboliques et psychanalytiques.
La forêt est le plus souvent le lieu à « surmonter » pour vaincre un obstacle et une adversité. Qu'on ait été abandonné en forêt comme les enfants du Petit Poucet, ou que l'on doive rejoindre la princesse au-delà du « mur » de la forêt, il s'agit dans les deux cas de réussir à traverser et à sortir victorieux de cet espace. Cet aspect fait partie de la mythologie de la forêt.
Dans La BBD , La forêt entourant le château est présentée comme sauvage mais constitue une protection et non un danger pour la BBD. « Il crût en un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d'épines entrelacées les uns dans les autres, que bêtes ni homme n'y aurait pu passer ». C'est , pour les princes, le lieu où ils font l'épreuve soit de leur valeur soit de leur élection. Ainsi, Le prince de la BBD se voit reconnaître comme l'élu, tout comme Arthur est le seul à pouvoir retirer Excalibur de son rocher, le prince n'a qu'à s'avancer pour voir la forêt s'ouvrir. Au-delà de cette mythologie, la psychanalyse a voulu y voir un symbole sexuel d'ouverture, l'entrée dans l'âge nubile et génital après une période de latence.
Dans le PP, la forêt est décrite avec beaucoup plus de précisions, dans un registre à la fois pathétique et fantastique : Lors du 1er abandon : « Ils allèrent dans une forêt fort épaisse où à dix pas de distance, on ne se voyait pas l'un l'autre (...) Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toutes leurs forces » ( p.197). 2ème abandon : « le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais et la plus obscur(p.201) (....) La nuit vint et il s'éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables, ils croyaient n'entendre de tous côtés que des hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger) ( p.203) » Enfin, la forêt abrite la maison de l'ogre, danger ultime pour les enfants.
Manifestement, la forêt est l'espace d'une épreuve mentale : celle de la séparation qu'il faut surmonter (avec la mère ou le foyer pour devenir adulte). La forêt permet d'affronter les peurs primitives de l'enfance, abandon, dévoration....Ce n'est pas seulement un espace dangereux mais un espace sans repères, une sorte de labyrinthe mental. Le Petit Poucet est celui qui saura vaincre ses peurs et ces épreuves, en montant en haut de l'arbre le plus haut pour dominer cet espace inquiétant, en le balisant et le marquant de ses traces ( cailloux blancs) et en faisant preuve d' intelligence.( domination par l'intelligence de l'espace inconnu et hostile, déchiffrement/maîtrise de l'espace extérieur et du monde).
Le château et la masure
Le château s'oppose à la forêt comme la société à la nature , la civilité à la sauvagerie, l'univers familier à l'inconnu. La masure aussi, peut jouer ce rôle pour le héros du peuple. Ainsi , le château ou la masure sont souvent le cadre référentiel des débuts de conte ( PP, PCR, BBD,..)
Le manichéisme des contes oppose socialement riches et pauvres, de façon réaliste mais tranchée à travers les dénominations génériques châteaux et masures. Cependant, le château comme la masure peut revêtir d'autres valeurs symboliques voire poétiques ou psychanalytiques.
-Le château : Le lieu de la féérie/ de la civilité
La vie de château appartient à la féerie et renvoie au contexte historique ( cf : 2ème partie).
Le roi dans Griselidis reçoit avec faste et splendeur. C'est souvent sur cet espace ou sur son opposé social, la masure que commencent et finissent les contes. Il peut être un espace clos et protecteur, comme dans la BBD, celui du pouvoir , comme dans Peau d'âne et Griselidis.
-Le château : une symbolique de réussite sociale/ réussite personnelle
Le château est non seulement la demeure des rois , reines , princes et princesses des contes mais le symbole de la réussite du héros : Au terme de son trajet, la Chat botté conquiert pour son maître le marquis de Carabas le château qui le fera prince. Cendrillon accomplit le même trajet ( même si son statut de souillon vient d'une injustice faite par sa marâtre), Peau d'Ane, retrouve le château, la gentille s½ur des Fées, part vers le « palais » avec son prince, alors que la méchante finit « au coin d'un bois ». Le château est donc la récompense du trajet accompli. On peut y lire un fantasme de réparation symbolique du peuple, mais à dire vrai , peu de héros sont vraiment issus du peuple : C'est le cas de Griselidis, du marquis de « Carabas » fils du meunier, mais Peau d'âne, Cendrillon, Riquet à la houppe, l'héroïne de Barbe bleue sont des filles bien-nées, aristocrates et bourgeoises. Quant au Petit Poucet , il devient « courrier du Roi », et installe sa famille. Il a la faveur d'être aimé du roi et d'être à la cour. La progression est raisonnable.
Ces préoccupations sont celles des bourgeois ( ascension sociale/ alliance aristocratie/ bourgeoisie/ reconnaissance du mérite)
-L'intérieur du château : la symbolique de l'espace ( un espace psychique et pulsionnel). La pièce interdite.
Le château a des recoins secrets, des tours et des pièces inaccessibles. Des espaces cachés, soumis à d'autres lois que celui de la civilité et de la vie à la cour. L'architecture est propice aux symboles, aux fantasmes mêmes.
BBD : la BBD est attirée, un jour , dans le château, par un chemin labyrinthique, qui de chambre en chambre la conduit « en haut d'un donjon dans un petit galetas » (p. 89) , où elle connaîtra le mauvais sort. Cet endroit reculé, où la princesse est conduite par une pulsion obscure peut -être interprété comme l'inconscient. De la même façon , le Prince est décrit dans son parcours depuis la cour, la salle des miroirs, la salle des armes....trouver un chemin dans cet espace intérieur a autant de valeur que triompher du manque de repères dans la forêt. Il suggère la capacité à trouver le chemin du c½ur, comme si le château était devenu la synecdoque du corps et du c½ur de la BBD.
LBB : La chambre interdite où la Barbe Bleue cache le corps de ses précédentes épouses est lui aussi un endroit reculé du château et de surcroît interdit mais proposé à la tentation ( LBB donne la clef et interdit l'accès). L'expression du désir impétueux, du trouble de la jeune épouse est éloquent dans le conte ( p. 121) « Elle fut si pressée de sa curiosité...elle y descendit par un petit escalier dérobé...Arrivée à la porte, elle s'y arrêta...la tentation était si forte........et ouvrit en tremblant... ». Bien des commentateurs ont fait une lecture psychanalytique de cette pièce terrible, sadique et convoitée à la fois. La géographie de l'espace renverrait au désir de la transgression, au conflit entre le désir ( symbole sexuel de la clef) et à l'interdit. La chambre elle-même aux pulsions troubles d'Eros.
La masure a deux valeurs principales : la demeure des pauvres et le lieu du repos dans une nature bienveillante et innocente ( Griselidis, la cabane p.314). Petite Arcadie, loin de la cour.
La campagne a d'ailleurs aussi cette valeur.( Griselidis : sur un thème chevaleresque, le roi, pendant la chasse, s'égare et se retouve dans un lieu idyllique p.312 « la simple et naïve Nature/ s'y faisait voir et si belle et si pure ( ...) puis p.319 3 il trouve enfin la cabane champêtre/ où logent ses amours »
Conclusion : Le traitement de l'espace et du temps est bien conforme à l'ailleurs lointain caractéristique du conte de fées. Cependant, et non sans humour, Perrault dissémine quelques allusions au siècle de Louis XIV et à la vie culturelle de la cour et des salons. Les valeurs essentielles du temps et de l'espace restent cependant leur pouvoir émotionnel, symbolique et pulsionnel. A ce titre, Perrault a bien ancré spatialement et temporellement ses contes dans l'imaginaire de l'enfance, dans ses peurs et ses désirs.
Le traitement de l'espace et du temps chez Doré
1.Le traitement du temps :
1.1 La fonction narrative des illustrations
Les illustrations de Doré ont en elles-mêmes une fonction narrative. Certains contes, comme le Petit Poucet ( 11 planches) sont tellement illustrés qu'ils racontent en images les différentes étapes du conte. 2 chez le couple des parents paysans, 4 planches dans la forêt, 1 planche devant la maison de l'ogre, trois planches dans la maison et la dernière, vol des bottes de sept lieues à l'ogre). Doré choisit les moments dramatiques dans les péripéties, de sorte que les différents rebondissements sont respectés, en tout cas dans ce conte.
Les illustrations de Peau d'âne scandent également les différentes étapes narratives du conte.
1.2Une émancipation « narrative » par rapport au texte de Perrault
Toutefois, certains contes ne sont pas illustrés en entier : BBD s'arrête au baiser du prince. Le parcours du prince vers et à l'intérieur du château est très abondamment illustré,( 4 planches sur six) ce qui accentue le ralentissement temporel qui existe déjà chez Perrault mais dans une mesure beaucoup plus modeste. Les gravures de Doré bouleversent aussi l'ordre de la narration, par leur place dans l'édition Hetzel : une seule illustration du PCR
figurait à l'intérieur du texte dans l'édition Hetzel, celle de la rencontre entre le loup (P. 233). Les deux autres illustrations n'étaient pas données au cours du texte avec un extrait de texte. Elles se situaient dans l'introduction de l'édition.
Enfin, pour des raisons d'efficacité narrative, Doré condense deux étapes en une ( Le Chat Botté( deux scènes avec les paysans au lieu de trois pour Perrault ).
Ainsi, Doré prend-il certaines libertés dans la narration tout en restant assez fidèle au texte en situation.
1.3 Un anachronisme délibéré : Les personnages de Doré sont habillés selon différentes époques. Le bal de cendrillon renvoie , par le costume, à la mode des Valois, sous Henri III alors que Peau d'âne présente des courtisans ( autour du Roi en pleurs) dna sles habits et les perruques du temps de Perrault.
En conclusion : Doré choisit le plus souvent d'illustrer les moments de chaque étape du récit, ce qui permet de respecter la trame temporelle. Toutefois, il adopte une certaine liberté de choix et de ton : par des effets de dramatisation, en illustrant les épisodes particulièrement marquants, en dilatant certains épisodes, en supprimant des passages.
2.Le traitement de l'espace chez Doré
Les lieux du conte sont en nombre réduit. Doré renforce encore cette caractéristique en représentant préférentiellement la forêt, le château , la masure, et en plaçant le personnage principal à l'intérieur de ces cadres.
Cette sélection s'explique à la fois par l'influence des mouvements culturels et esthétiques de l'époque de Doré : à l'articulation du romantisme et du réalisme.
2.1 Une représentation romantique , fantastique et Gothique de l'espace
Le romantisme des illustrations de Doré tient aux thèmes et au style des gravures
Les thèmes romantiques :
La nature et en particulier la forêt occupe une place prépondérante : Une dizaine de gravures .
-La nature, lieu du repos de l'âme et de sa « regénerescence » ( Peau d'âne (p ;225, sur le point de se baigner dans l'eau » lustrale »).
-la solitude/ la disproportion des personnages dans l'infini : romantisme rhénan à la Friedrich, dans deux gravures de la BBD (p.267 et 268), la première représentant le prince et ses hommes minuscules dans l'immensité de la nature, et celle du Prince, entrant dans la forêt qui s'ouvre.
-Le thème et le goût du moyen-âge ( chevaliers, fées , et châteaux)
-La représentation de l'amour et des sentiments.( peurs : représentation de l'ogre, de l'abandon des enfants , désirs : BBD, PCR)
-La mort (LBB/ PP)
- Romantisme dans la représentation du peuple, Le Fées ( la fontainep.244 )
Le style romantique :
-Travail en clair-obscur( partout). Eau noire ( PP)
- Paysages dramatiques, lune et nuages ( peau d'âne, )
- La verticalité ( forêt PP, constructions étagées, les escaliers menant à des hauteurs ( Peau d'âne, BBD)
-représentation en mouvement ( BB
- centrage du personnage dans le tableau, accentuant sa disproportion ou sa solitude.
Un romantisme Gothique
- Le romantisme est marqué également par le goût pour le moyen-âge, que l'on retrouve chez Doré, dans la représentation des héros ( le prince de la BBD) et surtout dans l'architecture des châteaux : châteaux médiévaux ( peau d'âne fuyant, p.223), châteaux-forts, forteresses inquiétantes( ( Barbe bleue,p.238). Leurs masses noires ou contrastées qui se profilent au loin d'une nature déjà inquiétante, contribuent au caractère fantastique et même gothique des lieux. Ce caractère Gothique de l'architecture est également présent à l'intérieur des châteaux ( BBD) , dédales de pièces, ou pièces cachées et inquiétantes comme celle de Barbe bleue. Les lieux sont présentés comme des prisons, qui enferment le personnage dans leur puissance et leur labyrinthe.
Un registre fantastique : La forêt dans le Petit Poucet : Forêt épaisse, arbres noueux, racines visibles ...espace inquiétant. /solitude et écrasement de l'être, seul ou un groupe face à la puissance de la nature (p.251,252,255).
Les châteaux ( cf ci-dessus) ou la maison de l'ogre dans le petit poucet : contraste irréel entre la lumière et l'obscurité, demeure sombre et inquiétante).
3.Le réalisme de Doré dans le traitement de l'espace :
La période correspond à la fin du romantisme et au début du réalisme.
3.1Le réalisme de Doré se lit dans certains choix de lieux et dans le style de la représentation :
- L'intérieur de la pauvre chaumière du petit poucet en est un exemple. Le réalisme tient aux aux objets ( hâche, chat décharné,haillons, écuelle vide). Le réalisme accentue la misère du peuple. De façon générale, les objets dans les intérieurs sont représentés avec un certain réalisme.
- Les scènes de vie quotidienne du peuple : Les moissons dans le Chat Botté, l'eau à la fontaine pour les Fées.
Toutefois, le réalisme est souvent associé à des symboles ( carcasses vides d'animaux), ou au registre satirique ( Peau d'âne : les grands de l'Etat s'assemblèrent).
Conclusion : Dans son traitement de l'espace et du temps, Doré montre les tendances de sa subjectivité et l'influence de son époque : Les gravures scandent les moments émotionnellement forts d'un conte. Les lieux choisis expriment aussi la puissance des terreurs enfantines. Sa vision est donc plus sombre, beaucoup moins légère et distanciée que celle que Perrault développe dans son texte. Le fantastique, la satire, dans sa caricature a quelque chose d'inquiétant. Bien sûr, certains espaces sont « apaisés », voire amusants, mais la note principale est l'inquiétude et plus généralement les pulsions qui traversant le héros, se lisent dans l'espace. A ce titre, la gravure de Doré, comme le conte de Perrault donne à comprendre par l'émotion et non la raison, les peurs de l'enfance. Le trajet du héros représenté sous forme spatiale et imagée est bien un trajet émotionnel vers la maturité et la réussite.
L'art du conte : 2ème étude d'ensemble
Le mélange des registres dans les Contes de Perrault et les illustrations de Doré
Introduction
Traditionnellement, on s'attend à ce que les contes de fées recourent principalement aux registres merveilleux, dramatique et didactique, voués à enchanter et édifier les enfants. Idem pour les illustrations de Doré, publiées en 1862 par l'éditeur Hetzel spécialisé dans les livres pour la jeunesse.
On sait cependant qu'au XVIIè, Perrault s'adressait d'abord à un public adulte et lettré, majoritairement féminin, pour lequel il a transformé un genre populaire et oral en littérature mondaine, très stylisée, qui en appelle à la complicité active des lecteurs. C'est pourquoi le caractère merveilleux et moraliste du conte est souvent tempéré par des éléments réalistes, ou mis à distance par l'humour et l'ironie du narrateur, ou encore ponctué de quelques charges satiriques. Doré pratique également le mélange de registres dans ses illustrations, marquées par l'antagonisme des courants romantiques et réalistes qui se succèdent et s'opposent à son époque.
Nous analyserons la façon dont l'écrivain et l'artiste mobilisent ces différents registres pour créer leur style si personnel.
N-B : préciser qu'on abordera d'abord les registres « attendus » par rapport au genre du conte (merveilleux, dramatique et pathétique, didactique) avant de montrer comment Perrault et Doré nuancent l'emploi de ceux-ci par le recours à l'ironie, au réalisme ou à la satire.
I. L'exploitation des registres traditionnels du conte merveilleux
1. Le merveilleux et le fantastique
On a déjà défini auparavant (cf cours sur temps et lieux) la nuance entre ces deux registres, dont l'un, le merveilleux, apparaît chez P, tandis que l'autre, le fantastique, caractérise davantage les illustrations de D.
Rappel des déf.
- le registre merveilleux présente des événements surnaturels comme s'ils allaient de soi puisqu'ils se déroulent dans un univers radicalement fictif, séparé du nôtre. Le lecteur accepte pleinement cette dimension surnaturelle comme une convention du genre. Ex. : la baguette magique de la marraine ds BBD qui transforme une citrouille en carrosse.
- le registre fantastique fait intervenir dans notre monde ordinaire et familier des événements insolites et inquiétants, qui créent un sentiment de trouble et d'hésitation, ou de peur. Ex : la représentation de l'ogre du PP.
Dans les contes de P. , de nombreux éléments ressortissent du merveilleux bien que l'auteur, on le verra, fasse un emploi souvent ambigu ou ironique de ce registre : les animaux parlent, comme dans les fables de La Fontaine (loup ds CPR, chat ds CB) ou sont dotés de pouvoirs magiques (l'Ane ds PA), à l'instar des marraines-fées qui peuvent métamorphoser une citrouille en carrosse (Cendrillon), jeter des mauvais sorts (BBD) ou au contraire octroyer des dons (Riquet, Fées). On trouve aussi des ogres cannibales (PP, BBD) et des objets magiques (les bottes de sept lieux ds PP, la clé ds BB).
Les gravures de D. recourent très peu au merveilleux : pas de scène de métamorphose ni d'éléments surnaturels, fée-marraine de Cendrillon représentée comme une vieille paysanne à côté d'une grosse citrouille. Mais D. s'inspire souvent du registre fantastique très prisé par la génération romantique : jeux d'ombre et de lumière (ex. PP, enfants éclairés par femme de l'ogre), végétation envahissante (BBD, CB), disproportion des formes et des corps (PP), yeux exorbités de BB ... etc. Ces éléments fantastiques, étranges, peuvent générer le sentiment d'inquiétude ou de peur qui entre aussi dans le plaisir de la lecture du contes, au moins auprès d'un jeune public.
2. Les registres pathétique et dramatique
La violence, la mort ou la cruauté font partie intégrante des contes et de leurs illustrations, où ils jouent un rôle cathartique (cf leçon à venir sur public et réception des contes) : mettre en scène la violence des « méchants » permettrait à l'enfant de jouer avec ses peurs et ses fantasmes pour mieux les affronter et s'en libérer, au moins en partie.
- Chez P. : cruauté souvent associée au motif de la dévoration , par le loup (PCR) ou les ogres et ogresses (PP, BBD). On voit aussi des jeunes femmes toutes douces menacées ou maltraitées par un père abusif (PA) ou un mari tyrannique et injuste (Grisélidis) ou encore meurtrier sadique (BB). Voir dans BB notamment la description saisissante des femmes égorgées : « elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs » / + dénouement brutal et cruel du PCR + infanticide de l'ogre du PP qui égorge ses sept filles ... etc.
- Correspondance chez Doré : effroi inspiré par yeux exorbités de BB ou de l'ogre du PP , + énorme coutelas de l'ogre du PP.
- Recours au registre pathétique dans les deux ½uvres : « Elle aurait attendri un rocher, belle et affligée comme elle l'était » (BB), description de la peur des petits garçons abandonnés la nuit en pleine forêt (PP, lire l'extrait p. 297), ou encore de l'amour de Grisélidis pour son enfant qu'on va lui arracher (lire l'extrait p. 111). Idem chez Doré : cf l'expression de la mère du PP, des enfants pleurant dans la forêt ou suppliant à genoux la clémence de l'ogre (PP).
- Exploitation du registre dramatique par P. comme par D. : suspens lors du guet des deux frères sauveurs ds BB, manière dont PCR et BBD se jettent dans la gueule du loup ou vont au-devant du danger. Doré de son côté représente le plus souvent l'imminence du danger plutôt que l'acte violent lui-même, ce qui lui permet de dramatiser ses représentations et d'exciter l'imagination des lecteurs (cf PCR, PP).
3. Le registre didactique ou moral
A aborder rapidement ici car sera traité dans un cours à part sur les moralités de Perrault et leur éventuelle correspondance dans les illustrations de D.
Transition : P. comme D. ne se privent donc pas d'exploiter les registres traditionnels du conte merveilleux qui doit tout à la fois enchanter, captiver, effrayer « pour de rire », tenir en haleine et édifier, i-e contribuer à la bonne éducation des enfants ou à la réflexion morale des plus grands. Toutefois, l'un comme l'autre prennent des libertés avec ces attentes qu'ils s'amusent souvent à parodier ou à pervertir.
II. La perversion des (ou dire : les jeux sur les ) codes
1. Par l'humour et l'ironie
Tous les contes de P. sont parsemés de touches d'humour ou d'ironie dont certaines peuvent être saisies par des enfants mais qui sont surtout destinées à un public « averti ».
N-B : le mot « humour »( apparu au XVIIIè seulement par emprunt à l'anglais) n'existe pas encore à l'époque de P. mais on peut l'utiliser pour désigner la distance amusée ou narquoise que manifeste le conteur à l'égard de la « matière » de son récit., les clins d'½il qu'il adresse à son lecteur ou auditeur.
Ainsi, le narrateur semble souvent se moquer de la tradition et du merveilleux à l'½uvre dans les contes , en montrant qu'il n'en est jamais dupe :
- propose une explication réaliste et psychologique de la métamorphose de Riquet : « Qqs-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la Fée qui opérèrent, mais que l'Amour seul fit cette métamorphose ». *
- précise parfois entre incise ou parenthèse la nature féérique d'un personnage ou d'un objet, comme si c'était un détail accessoire : « il y demeura toujours du sang, car la clef était Fée » (BB) , « ... je ne puis m'empêcher de vous faire un don ( car c'était une Fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village ...) (Fées).
- Ailleurs, l'humour et l'ironie se manifestent par l'excès caricatural et parodique : « des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues d'une seule enjambée » et pourtant « les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme » (PP). Idem pour le rôle prétendu du hasard (BBD, RH) qui vient en fait rendre possibles les prédictions.
- Allusions érotiques à « décrypter » par les adultes : le blason du corps dans PCR, la remarque « ils dormirent peu, la Princesse n'en avait pas grand besoin » (BBD).
- Le burlesque : de Jupiter à l'aune de boudin dans les SR, le désir de manger les enfants « à la sauce Robert » dans BBD, les crottes en or de l'âne ds PA ...
Ces multiples allusions comiques instaurent un double jeu constant dans les Contes, traitent le merveilleux et l'irrationnel avec un scepticisme amusé, et dédramatisent le pathos.
Les illustrations de D. rendent compte à leur manière de la portée comique des Contes, par le recours à l'outrance parodique et aux détails fantaisistes : restes d'animaux mangés par les petites ogresses (PP), énormes couteaux et fourchette glissés dans la ceinture de l'ogre (PP), corps de bébés prêts à être dévorés par l'ogre du CB, serviteur endormi renversant un plat tandis qu'une autre semble courtiser un garde (BBD) ...Toutefois, certains de ces détails peuvent susciter à la fois le sourire et l'inquiétude.
2. Par le réalisme satirique
- P. montre malicieusement combien les prétendus sentiments amoureux peuvent être dictés par l'intérêt et l'appât du gain : « le fils du Roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six Perles, et autant de diamants, [...] en devint amoureux, et considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à une autre ... « ( Fées), « la Cadette commença à trouver que le maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme » (BB).
- Il rectifie le dénouement de Riquet ou de PP en invoquant d'autres « on-dit », i-e des hypothèses plus réalistes qui disqualifient l'interprétation magique en replaçant les contes dans une perspective socio-historique (PP) ou psychologique (RH).
- Allusions au contexte historique du XVII perturbent également les codes du conte merveilleux atemporel (cf leçon sur l'espace-temps).
Chez D. les multiples éléments réalistes (cf cours sur romantisme et réalisme des illustrations) ancrent les illustrations dans un cadre familier qui font parfois ressortir l'étrangeté des éléments fantastiques ou au contraire font sourire (PP, PCR).
La dimension satirique affleure dans les deux ½uvres :
- misogynie traditionnelle dans certains contes de P (femmes bavardes, coquettes, curieuses, naïves ou stupides ...
- raillerie contre l'hypocrisie (tristesse trop ostentatoire pour être sincère du père de PA à la mort de sa femme, appât du gain masqué derrière les sentiments amoureux (cf plus haut), alliance intéressée entre l'aristocratie désargentée et la bourgeoisie enrichie (BB), vénalité des offices (les frères de l'épouse de BB achètent des charges de capitaine grâce à la fortune du monstrueux criminel).
- Critique de l'inconséquence et de l'irresponsabilité des gens du peuple qui ne savent pas profiter de ce qu'ils ont ou de ce qu'on leur donne (Les SR) ou qui abandonnent leurs enfants (PP).
- Dans certaines illustrations de D, on retrouve le goût pour la caricature qu'il pratiqua jeune homme : roi jouant l'accablement du deuil face à des courtisans en perruque dont l'un soulève avec sa canne la cape d'un autre (PA), vieillards libidineux autour de Cendrillon.
Conclusion :
- L'étude des registres mêlés montre bien comment P. autant que D. s'inscrivent dans la tradition du conte merveilleux tout en en faisant des ½uvres personnelles pleines d' « esprit » et d'ambiguïté.
- Ce mélange de divers registres contribue également à faire des contes et de leurs illustrations des ½uvres adaptés à des publics variés (cf la lecture à plusieurs degrés) et à différents âges.
Les moralités dans les contes de Perrault
Séquence 2/ 3ème étude thématique et problématique
Intro : Les « moralités » soulignent l'intention didactique des contes. Comme Perrault le rappelle dans sa Préface, mais aussi les épîtres dédicatoires, les contes ne sont pas de « pures bagatelles », ils renferment une « morale utile ». La moralité, mise en valeur par son écriture versifiée, s'inscrit naturellement dans une esthétique classique qui revendique le double postulat de « plaire et instruire ». Plus encore, elle confirme, aux yeux de Perrault, la supériorité morale des contes des Modernes par rapport à ceux des Anciens.
Si les contes offrent des moralités explicites, c'est aussi parce qu'ils sont proches de l'apologue, et, qu'à certains égards, ils peuvent être considérés comme de petits récits allégoriques illustrant une idée , à la façon d'une fable. Toutefois, les moralités de Perrault sont souvent très partielles par rapport à la plurivocité du récit qu'elles sont censées illustrer. Elles sont aussi décalées, dans leur ton, voire ironiques et à ce titre , leur portée éducative est discutable.
Dans un premier temps, nous étudierons les caractéristiques stylistiques et génériques des moralités, ainsi que leur place . Dans un deuxième temps, nous mettrons en valeur leur aspect apparemment manichéen mais aussi la façon dont elles sont influencées par le contexte socio-culturel du XVIIème siècle. Enfin, de façon plus inattendue, l'ambiguïté de ces morales, manifestes à travers le ton adopté par le conteur et le décalage entre le conte et la leçon.
I La place et les formes des Moralités
A. la place des moralités : un texte mis en valeur
Les moralités sont situées à la fin du récit et sont censées exprimer son symbolisme ou son allégorie morale. Elles sont détachées du texte et adoptent une autre typographie. La moralité est ainsi explicitement. mise en valeur. Perrault joue avec la tradition, qui faisait souvent détachait la moralité à la fin du texte.
Certains contes n'ont pas de moralité : Grisélidis où la morale est implicite.
B. La forme des moralités :
Les moralités sont en vers, ce qui contribue à leur mise en valeur, surtout pour les contes en prose. La différence est évidemment moins nette avec les contes en vers. Toutefois , dans Peau d'âne, le démarquage se fait par une formule introductive explicite : « Il n'est pas malaisé de voir/ Que le but de ce conte est que... »Les strophes sont variées : quatrains, sizains, nonains(autre moralité de Cendrillon). La plus longue est celle de Peau d'âne, 5 strophes hétérométriques , mêlant quatrains et sizains.
Une expression générale et abstraite
Le pronom indéfini « on » « on voit ici que de jeunes enfants » ( PCR), « On en voit tous les jours mille exemples paraître » ( LBB) .
Les tournures impersonnelles « Il n'es pas malaisé de voir » ( Peau d'âne)
Les formules généralisantes « « qui ne sait que ces loups doucereux » ( PCR), le articles définis à valeur génériques « mais le sexe avec tant d'ardeur/aspire à la foi conjugale » ( BBD).
La morale ressemble ainsi à l'énoncé d'un « précepte ». Il énonce une loi morale ou sociale.
La forme versifiée, les formules concises et généralisantes facilitent la mémorisation. On peut penser qu'elles étaient ainsi apprises et récitées dans les salons.
Une implication personnelle
La moralité comporte des marques de personnes : le « je » du conteur apparaît 2 fois« « Je dis le loup » PCR, « je n'ai pas la force ni le c½ur / de lui prêcher cette morale » BBD. Le « nous » impliquant auteur et lecteur « La fable semble encor vouloir nous faire entendre » BBD. Cette personnalisation de l'énonciation peut-être mise en rapport avec l'oralité de contes. Il s'agirait alors d'interventions directes avec l'auditoire. Elle permet également des effets d'ironie puisque le je fait parfois le contraire de ce qu'il dit ( la prétérition pour « je n'ai pas la force ni le c½ur » « de la BBD.
Moralités simples ou dédoublées en « autre moralité »
Certaines moralités sont simples ( Peau d'âne, les souhaits ridicules, Le Petit Poucet) mais la plupart sont dédoublées : LBB, BBD, Riquet à la houppe, Cendrillon, Les fées et le Maître Chat. L'une rappelle la supériorité de « l'industrie et du savoir faire » sur « les biens acquis ». L'autre que « l'habit, la mine et la jeunesse » font bien plus que la naissance pour séduire une princesse. Ce dédoublement montre à quel point le conte ne se laisse pas réduire à une signification univoque, contrairement à la fable. Ainsi, Perrault choisit-il deux moralités mais la richesse d'interprétations qu'offrent les contes , leur plurivocité, pourraient en offrir bien davantage. Perrault a don fait un choix.
Les moralités sont mises en valeur par leur forme versifiée et leur expression didactique. Elles ont aussi des traces d'oralité, typique du genre. Elles sont également assez simples voire manichéennes, tout en renvoyant au contexte socio-culturel du XVIIème siècle.
II De la morale manichéenne aux morales du « grand siècle »
A. Une morale apparemment manichéenne
La morale des contes est à l'image des autres formes de ce genre littéraire : elle est stéréotypée et manichéenne, opposant de façon dichotomique , le bien et le mal, le bon et le méchant, la morale du c½ur et celle de l'intérêt. Ainsi La gentille s½ur des Fées est-elle choisit par le prince alors que la méchante est renvoyée parmi les bêtes, au coin d'un bois. De même, Barbe bleu, est tué par les frères de son épouse et celle-ci reçoit son héritage en compensation de ses souffrances.
B.Une morale chrétienne influence également cette vision : le sacrifice christique , la « passion » de Griselidis, son « chemin de croix » est à la fin reconnu et récompensé. De même , les humbles, les faibles, seront les premiers tels Cendrillon et le Petit Poucet. Les péchés capitaux tels l'orgueil, la colère sont chatiés. ( les méchantes s½urs de Cendrillon, Barbe bleue et la méchante s½ur des Fées). La condamnation des passions appartient à l'histoire de la pensée religieuse et philosophique du XVIIème siècle ( Le jansénisme, le cartésianisme).Les passions excessives comme celle du roi dans Peau d'âne, sont qualifiées de « Fol amour ».
Une morale populaire
Les contes instruisent dans une morale chrétienne populaire, les bons sentiments qu'il faut avoir , y compris avec nos ennemis : Cendrillon ne pardonne-t-elle pas généreusement à ses vilaines s½urs ? Les contes donnent des avertissements simples et de bon sens, des avis de prudence. Ainsi, la moralité du Petit Chaperon Rouge délivre des conseils de prudence face aux vils séducteurs. Peau d'âne, valorise le sens de l'honneur et du devoir , quitte à sacrifier sa position et ses richesse. Riquet à la houppe reprend l'opposition traditionnel entre la beauté et la bonté et illustre que la beauté physique n'est rien face à celle de l'esprit.
C . Une morale inscrite dans le contexte socio-culturel du XVIIème siècle
Les moralités sont très ancrées, pour ce qui est de leur contenu, dans le contexte socio-culturel du XVIIème siècle : elle renvoie aux valeurs traditionnelles de cette société : Patience pour Griselidis, plutôt que rébellion, fidélité, mariages. Certains idéaux classiques et de l'honnête home apparaissent également dans ces textes didactiques : la mesure, la tempérance, dans les manières et les paroles sont toujours récompensées : par exemple dans Les Fées, mais aussi, a contrario, dans Les Souhaits ridicules ( mauvais usage de la parole avec un certain mépris pour le peuple). L'harmonie classique qui fait que l'intérieur s'accorde avec l'extérieur ( congruence beauté/ bonté/intelligence) est également un sujet important des moralités. Celles-ci tranchent en faveur de l'excellence des manières qui font l'honnêteté et la civilité . On peut les reconnaître dans « la bonne grâce » de Cendrillon. « la bonne grâce est le vrai don des fées ».
Par ailleurs, une certaine thématique mondaine parcourt les moralités de Perrault : les railleries sur les femmes sont des lieux communs des moralistes ( cf. La Bruyère, Des Femmes) et d'actualité devant les prétentions des femmes (courant précieux, salons)
Si les moralités semblent peu profondes ou simples, elles n'en sont pas moins ambiguës voire immorales . A cet égard on peut se demander qui sont les véritables destinataires des moralités.
III Des Moralités contestables
Les moralités de Perrault ne laissent pourtant pas d'être contestables, à plusieurs titres : elles sont souvent partielles, ambiguës, amorales, contradictoires et incompréhensibles pour un jeune lecteur.
B. Des moralités partielles/ décalées
Les moralités ne font que retenir le plus souvent qu'un ou deux aspects du conte.
Le PP : on a toujours besoin d'un plus petit que soi. Or, ce conte offre des problématiques riches et diverses qui sont escamotées dans la moralité, comme l'importance de l'intelligence dans la formation d'un individu, la dimension initiatique du conte dans l'affrontement avec l'ogre qui renvoie à celui de David et Goliath.
Peau d'âne : valorisation de l'honneur qui résiste à un « fol amour ». Or Peau d'âne pose bien d'autres questions, et au premier chef celui du pouvoir absolu et despotique d'un Roi. Or, Perrault, qui a mis cette problématique au centre de Peau d'âne n'en a pas fait sa moralité ; On peut donc dire que parfois, les moralités sont décalées et prennent même un aspect mineur du conte. Il en est ainsi dans LBB. La moralité de ce conte invite les jeunes filles à prendre patience et à ne pas se morfondre de ne pas être encore mariées . Le conte pourtant aborde des sujets autrement plus diversifiés et puissants : la transgression de la jeune princesse, la culpabilité, l'abandon du prince, la vilience des rapports familiaux ( l'ogresse qui veut dévorer ses petits-enfants), la relation fils/mère ambiguë puisque le prince confie ses enfants à son ogresse de mère.
C. Des moralités ambiguës voire immorales
Les moralités saluent des moyens de parvenir qui ne sont pas si moraux que cela : Le PP sauve sa famille, la sort de la misère mais pour cela il a trompé l'ogre et a entraîné la mort des sept petites ogresses puis il a volé « les bottes » et a donc commis un acte condamnable du point de vue de la morale. Pire encore, Le chat Botté ne parvient que par la ruse et la fourberie, et morale immorale, son maître ne fait rien pour lui-m^me mais bénéficie de tout.. La malhonnêteté d'un côté, et l'oisiveté de l'autre sont payantes dans l'univers des contes.
Cendrillon , dans sa deuxième moralité nous apprend qu'il vaut mieux avoir de l'entregent, des relations bien placées que de « l'esprit,
D'autres moralités semblent accuser à tort les protagonistes : Ainsi le PCR n'est pas , par sa faute imprudente mais a été envoyée en forêt par des parents négligents et fautifs , ce dont la moralité ne parle pas. La méchante s½ur des Fées a été envoyée à la fontaine par sa mère et est ensuite rejetée par elle, la jeune épouse de BB n'est pas seule responsable de son vilain défaut ( la curiosité) : son époux pervers a bien attisé en elle ce désir.
Enfin, d'autres moralités encore sont manifestement l'expression d'un préjugé de classe. Ainsi dans Les souhaits ridicules, le conteur explique qu'il est inutile d'aider les pauvres car ils sont trop bêtes et vils dans leur désir pour faire bon usage des bienfaits qu'on pourrait leur dispenser. » Peu d'entre eux sont capables / de bien user des dons que le ciel leur a faits ».
D. Des moralités ironiques et satiriques :
Perrault déclare même certaines moralités comme inutiles. Ainsi dans BBD, use-t-il de la prétérition pour dire qu'il n'aura pas « la force ni le c½ur/ de lui ( au beau sexe) prêcher cette morale ».Morale inutile donc. La deuxième morale de BB est présentée comme inutile aussi car dépassée : à notre époque, il n'y a plus « d'époux si terribles ».
Certaines moralités sont contradictoires avec le conte qu'elles illustrent. Il en va ainsi de Riquet à la Houppe. La moralité affirme que « Tout est beau dans ce que l'on aime/ Tout ce que l'on aime a de l'esprit ». Mais, le conte présente bien le contraire lors de la rencontre « au bout d'un an » entre Riquet et la princesse qui lui a promis de l'épouser. Maintenant qu'elle n'est plus sotte , elle ne veut plus épouser un laid. La moralité est bien ironique. D'ailleurs, elle est même nulle et non avenue puisque le mariage a lieu quand l'une n'est plus idiote et que l'autre n'est plus moche.
Les moralités sont souvent satiriques, envers les femmes, bavardes, superficielles coquettes ( Peau d'âne : « Sous le ciel il n'est point de femelle/Qui ne s'imagine être belle », curieuses ( BB » La curiosité malgré tous ses attraits/Coûte souvent bien des regrets », imprudentes ( PCR « On voit ici que de jeunes enfants... » et manipulatrices par rapport aux hommes « près de sa femme on le voit filer doux » BB 2ème moralité.Elles sont également satiriques envers les parents( trop narcissiques et aveugles PP), le peuple ( Les Souhaits)
E. Des moralités inadaptées aux enfants
Il est évident que la forme didactique et versifiée des moralités convient mal à des enfants.
L'édition Hetzel les avait supprimées pour cette raison. Les moralités sont , plus vraisemblablement adressées aux parents ( PP), aux pères ( Peau d'âne), aux mères ( PCR) bien plus qu'aux enfants.Elles conviennent encore bien mieux au public mondain qui lit les contes dans les salons. Les vers sont faits pour en faciliter la mémorisation, le ton et le style, ironique et plaisant, les thèmes en rapport avec le milieu et la société ( les questions conjugales, l'argent, l'apparence, la réussite) conviennent bien à ce destinataire mondain . L'ironie, le second degré ne peuvent ni retenir l'attention des enfants, ni même être compris. Ainsi, pour ne pas tomber dans le défaut que Perrault dénonce dans la Matrone d'Ephèse , il faudrait que l'enfant comprenne le second degré de la moralité de Riquet à la Houppe: L'adulte peut faire une lecture allégorique de la morale ( aux yeux de l'amoureux, l'être aimé est parfait) mais il est peu probable que l'enfant le fasse et pour eux, Riquet et la princesse s'épousent quand ils sont beaux et intelligents.
De le même façon, l'extrême cruauté de BB est terrifiante pour un enfant et sans rapport avec le défaut qu'elle entend châtier ( la curiosité) comme l'explique la première morale. Il y a peu de chances que l'enfant la comprenne. Un enfant, encore, passera à côté de la moralité du PP, de la « vengeance du plus petit et de sa réussite » pour tirer ce qui frappe plus son imagination, comme l'indignité des parents qui abandonnent leurs enfants. Certes, l'inconscient des enfants travaille, comme l'a montré les psychanalystes. Il est possible que la lecture métaphorique soit à l'½uvre chez l'enfant et se rapproche ainsi du second degré sans le savoir.
Malgré tout, le style des moralités confirme , avec les épîtres dédicatoires que les contes étaient plutôt destinées aux jeunes gens et surtout aux jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse.
Conclusion : Les moralités de Perrault détonnent par rapport aux contes : dans leur forme, leur esprit , leur propos. Alors que le récit est riche et plurivoque , la moralité est réductrice, déplacée , contradictoire et souvent ironique. L'art du conteur cède le pas devant les jeux de salon.
Griselidis
Pas de moralité
Peau d'Âne
Il n'est pas malaisé de voir
Que le but de ce Conte est qu'un Enfant apprenne
Qu'il vaut mieux s'exposer à la plus rude peine
Que de manquer à son devoir ;
Que la Vertu peut être infortunée
Mais qu'elle est toujours couronnée ;
Que contre un fol amour et ses fougueux transports
La Raison la plus forte est une faible digue,
Et qu'il n'est point de riches trésors
Dont un Amant ne soit prodigue ;
Que de l'eau claire et du pain bis
Suffisent pour la nourriture
De toute jeune Créature,
Pourvu qu'elle ait de beaux habits ;
Que sous le Ciel il n'est point de femelle
Qui ne s'imagine être belle,
Et qui souvent ne s'imagine encor
Que si des trois Beautés la fameuse querelle
S'était démêlée avec elle,
Elle aurait eu la pomme d'or.
Le Conte de Peau-d'âne est difficile à croire,
Mais tant que dans le Monde on aura des Enfants,
Des Mères et des Mères-grands,
On en gardera la mémoire.
Les Souhaits ridicules
Bien est donc vrai qu'aux hommes misérables,
Aveugles, imprudents, inquiets, variables,
Pas n'appartient de faire des souhaits,
Et que peu d'entre eux sont capables
De bien user des dons que le Ciel leur a faits.
La Belle au bois dormant
M o r a l i t é
Attendre quelque temps pour avoir un Epoux,
Riche, bien fait, galant et doux,
La chose est assez naturelle,
Mais l'attendre cent ans, et toujours en dormant,
On ne trouve plus de femelle,
Qui dormit si tranquillement.
La Fable semble encor vouloir nous faire entendre,
Que souvent de l'Hymen les agréables noeuds,
Pour être différés, n'en sont pas moins heureux,
Et qu'on ne perd rien pour attendre ;
Mais le sexe avec tant d'ardeur,
Aspire à la foi conjugale,
Que je n'ai pas la force ni le coeur,
De lui prêcher cette morale.
Le Petit Chaperon Rouge
M o r a l i t é
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d'écouter toute sorte de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! Qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.
La Barbe Bleue
M o r a l i t é
La curiosité malgré tous ses attraits,
Coûte souvent bien des regrets ;
On en voit tous les jours mille exemples paraître.
C'est, n'en déplaise au sexe, un plaisir bien léger ;
Dès qu'on le prend il cesse d'être,
Et toujours il coûte trop cher.
A u t r e M o r a l i t é
Pour peu qu'on ait l'esprit sensé,
Et que du Monde on sache le grimoire,
On voit bientôt que cette histoire
Est un conte du temps passé ;
Il n'est plus d'Époux si terrible,
Ni qui demande l'impossible,
Fût-il malcontent et jaloux.
Près de sa femme on le voit filer doux ;
Et de quelque couleur que sa barbe puisse être,
On a peine à juger qui des deux est le maître.
Le Chat Botté
M o r a l i t é
Quelque grand que soit l'avantage
De jouir d'un riche héritage
Venant à nous de père en fils,
Aux jeunes gens pour l'ordinaire,
L'industrie et le savoir-faire
Valent mieux que des biens acquis.
A u t r e M o r a l i t é
Si le fils d'un Meunier, avec tant de vitesse,
Gagne le coeur d'une Princesse,
Et s'en fait regarder avec des yeux mourants,
C'est que l'habit, la mine et la jeunesse,
Pour inspirer de la tendresse,
N'en sont pas des moyens toujours indifférents.
Les Fées
M o r a l i t é
Les Diamants et les Pistoles,
Peuvent beaucoup sur les Esprits ;
Cependant les douces paroles
Ont encor plus de force, et sont d'un plus grand prix.
A u t r e M o r a l i t é
L'honnêteté coûte des soins,
Et veut un peu de complaisance,
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins.
Cendrillon ou la Pantoufle de verre
M o r a l i t é
La beauté pour le sexe est un rare trésor,
De l'admirer jamais on ne se lasse ;
Mais ce qu'on nomme bonne grâce
Est sans prix, et vaut mieux encor.
C'est ce qu'à Cendrillon fit avoir sa Marraine,
En la dressant, en l'instruisant,
Tant et si bien qu'elle en fit une Reine :
(Car ainsi sur ce Conte on va moralisant.)
Belles, ce don vaut mieux que d'être bien coiffées,
Pour engager un coeur, pour en venir à bout,
La bonne grâce est le vrai don des Fées ;
Sans elle on ne peut rien, avec elle, on peut tout.
A u t r e M o r a l i t é
C'est sans doute un grand avantage,
D'avoir de l'esprit, du courage,
De la naissance, du bon sens,
Et d'autres semblables talents,
Qu'on reçoit du Ciel en partage ;
Mais vous aurez beau les avoir,
Pour votre avancement ce seront choses vaines,
Si vous n'avez, pour les faire valoir,
Ou des parrains ou des marraines
Le Petit Poucet
M o r a l i t é
On ne s'afflige point d'avoir beaucoup d'enfants,
Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,
Et d'un extérieur qui brille ;
Mais si l'un d'eux est faible ou ne dit mot,
On le méprise, on le raille, on le pille ; Quelquefois
cependant c'est ce petit marmot
Qui fera le bonheur de toute la famille.
Riquet à la Houppe
M o r a l i t é
Ce que l'on voit dans cet écrit,
Est moins un conte en l'air que la vérité même ;
Tout est beau dans ce que l'on aime,
Tout ce qu'on aime a de l'esprit.
A u t r e M o r a l i t é
Dans un objet où la Nature,
Aura mis de beaux traits, et la vive peinture
D'un teint où jamais l'Art ne saurait arriver,
Tous ces dons pourront moins pour rendre un coeur sensible,
Qu'un seul agrément invisible
Quelle image des relations familiales proposent les Contes de Perrault
et les illustrations de Doré ?
Intro :
- La gravure de Clouzier placée en frontispice de l'édition des Contes de 1697, tout comme le frontispice de Doré, inscrivent la narration ou la lecture des contes dans l'espace domestique du foyer, dans un cadre familial qui réunit différentes générations.
- Chacun connaît en outre la formule rituelle qui clôt de nombreux contes merveilleux : « ils se marièrent, vécurent heureux très longtemps et eurent de nombreux enfants » comme si l'harmonie familiale garante de fécondité était l'horizon d'attente du genre merveilleux. Toutefois, cette formule n'apparaît dans aucun des contes en vers ni en prose de P. même si la plupart d'entre eux s'achèvent sur un mariage ou la promesse d'un long bonheur familial.
- Les relations familiales sont ainsi l'un des thèmes privilégiés des Contes, dont les personnages sont avant tout définis par leur fonction au sein d'une famille : époux, parents, enfants, frères et s½urs. Cette configuration apparaît également, mais de façon beaucoup moins marquée, dans les illustrations de D.
- [Annonce du plan] Sous le regard de l'écrivain comme de l'artiste, la famille est d'abord un lieu de violence et de conflits passionnels, mais elle apparaît aussi comme l'enjeu dramatique des contes dont la plupart des personnages doivent fuir une famille en crise afin de trouver leur place au sein d'une nouvelle famille ou d'une communauté plus harmonieuse.
I. Des relations familiales sous-tendues par de violents conflits (ou : La famille, lieu de conflits et de violences).
Rappeler auparavant que les personnages des contes n'ont pas d' « épaisseur » psycho ni de véritable identité, contrairement aux personnages de roman. Sont avant tout des « fonctions » dans un récit (cf analyse de Propp) et incarnent des valeurs, des sentiments et des traits de caractère stéréotypés. Ne sont pas décrits, mais stylisés (jeunes et beaux princes ou princesses, enfants ingénieux, méchante marâtre ... etc), et sont le plus souvent désignés par leur fonction ou par un surnom plutôt que par un nom ou prénom (seuls le père du PP, Guillaume, et le bûcheron des SR, Blaise, portent un prénom). De même, D. dessine davantage des types (la jeune fille, la vieille dame, l'ogre ... ) que des individus différenciés.
A. Relations conjugales
- Sont le thème principal de trois contes : Grisélidis, Les SR, BB, tandis que les autres contes mettent tous en scène des couples de maris et femmes.
- Grisélidis, SR et BB présentent trois types différents de maris :
-
o le prince dans G est un époux ingrat et tyrannique qui harcèle et maltraite sa femme, modèle de vertu, de patience et de passivité féminines. Prince obnubilé par sa méfiance maladive envers les femmes (lire la 3ème strophe), veut se protéger de ses peurs en épousant une jeune fille naïve et soumise (à comparer à Arnolphe ds L'Ecole des femmes) + cliché de la bergère qui semble droit sortie de l'Astrée. Mais la paranoïa du prince le reprend après naissance de sa fille qui ravive sa jalousie (cf « Dans son Enfant, dans la jeune Princesse/ Elle a mis toute sa tendresse) et attise plus tard le fantasme incestueux.
o le bourgeois enrichi ds BB est un monstre sadique, pervers, et criminel qui égorge l'une après l'autre ses épouses successives après avoir mis à l'épreuve leur curiosité. Comme le prince de Grisélidis, mais à un plus fort degré, la haine destructrice de BB est sans doute une expression de sa méfiance excessive et de sa peur des femmes dont il cherche à anéantir la puissance en les éliminant l'une après l'autre. Voir comment D. transcrit cette folie meurtrière en représentant BB avec les mêmes yeux exorbités de l'ogre du PP + symbole phallique de la clé qu'il invite sa jeune épouse à effleurer tout en faisant un geste de mise en garde ! A comparer avec représentation du couple de l'ogre et de sa femme ds le PP : femme semble effrayée par son mari qu'elle cherche aussi à apaiser avec un bras passé autour de son épaule.
o / le bûcheron des SR = mari ridicule qui gaspille les trois chances de changer son sort, sans doute honteux d'une virilité jugée insuffisante (cf symbolique grivoise de l'aune de boudin) mais se montre prévenant envers sa femme à qui il veut épargner le ridicule.
- Dans autres contes : certains couples initiaux sont désunis par la mort de l'un des conjoints (la mère dans PA et la mère de Cendrillon, « la meilleure personne du monde » remplacée par une marâtre « la plus hautaine et la plus fière qu'on eût jamais vue », le père ds Fées « Il était une fois une veuve qui avait deux filles »), ou bien l'un des deux parents est totalement passé sous silence (PCR, Riquet, CB ... etc cf plus loin). Quand mari et femme forment un couple uni, ils jouent avant tout et essentiellement leur rôle de parents, aimants ou ingrats : BBD, PP.
- L'image des femmes est ambivalente dans le recueil : la plupart des contes sont construits autour d'héroïnes féminines, chargées de certaines qualités conventionnelles (beauté, charme, douceur, patience ou ingéniosité) mais aussi de défauts conformes aux préjugés misogynes de l'époque :
La curiosité, qui conduit l' épouse de BB à transgresser l'interdit dès le départ de son mari.
Le bavardage : le mari ds les SR se réjouit secrètement à l'idée que le boudin « pendant sur le bas du visage » de sa femme pourrait l'empêcher de parler.
L'insatisfaction et la colère hystérique, que manifeste la femme du bûcheron envers son « homme imprudent ».
Si Grisélidis paraît, en comparaison, faire l'apologie des vertus féminines, P. nuance cet éloge en soulignant malicieusement ds sa dédicace à Mademoiselle que « G. y sera peu prisée » parce que « Ce n'est pas que la Patience / Ne soit une vertu des Dames de Paris, / Mais par un long usage elles ont la science / De la faire exercer par leurs propres maris ».
Le bonheur conjugal n'est donc envisagé qu'au titre d'un idéal, à imaginer à la suite des dénouements ou dans un monde purement chimérique.
B/ Relations parents / enfants
-Un thème dominant ds les Contes, où seul les SR ne comporte pas de personnages enfantins. Ces rapports parents / enfants sont eux aussi entachés de violence, de conflits ou fondés sur un amour abusif. La plupart des parents ont un désir d'enfant parfait mais se montrent eux-mêmes bien défaillants ou fautifs.
- Le fantasme de l'enfant parfait
L'infécondité = le plus grand des malheurs pour le couple royal de BBD qui fait tout (« v½ux, pélerinages, menues dévotions ») pour avoir l'enfant si désiré. De même, Grisélidis est comblée par naissance de sa fille.
Mais les parents veulent un enfant conforme à leurs désirs et pourvu de toutes les qualités physiques et intellectuelles : désespoir des deux mères dont les enfants sont imparfaits ds Riquet, tandis que le PP est « le souffre-douleur de la maison ». Voir comment D. rend compte de cette mise à l'écart du PP ds ses gravures.
Les parents aiment que leurs enfants leur ressemblent, et accordent leur préférence à celui qui leur ressemble le plus : « ce Pierrot était son fils aîné qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et qu'elle était un peu rousse » in PP + idem ds Les Fées et Cendrillon.
Des parents défaillants, ingrats ou abusifs :
- Défaillants par leur absence : mort de l'un des parents ds CB, PA, Cendrillon, Fées, ou père passé sous silence ds PCR et quasiment ds Cendrillon. D. rend compte de cette absence en représentant bien peu de parents ds ses gravures (hormis ceux du PP au moment où ils décident d'abandonner leur progéniture, et ceux des petites ogresses, i-e d'un père infanticide malgré lui ; cf mémange d'horreur et de grotesque ds cette gravure).
- Des parents qui abandonnent leurs enfants : PP, ou qui ne savent pas les protéger contre les dangers : PCR, BBD.
- Des parents ingrats ou méchants : la mère ds les Fées, la belle-mère ds Cendrillon (développer ce psg-type de la marâtre, la mauvaise mère par excellence, l'usurpatrice, en comparant avec les contes de Grimm : Blanche-Neige ou Hansel et Gretel.
- Des parents abusifs, qui péchent par excès d'amour ou amour déplacé : le père incestueux ds PA et à un degré moindre ds Grisélidis.
- Des parents infanticides : l'ogre ds PP, voir aussi l'illustration très expressive de D. Le motif de la dévoration des enfants par leur propre père peut être interprété ds un sens symbolique : les parents étouffent et dévorent leurs enfants en les empêchant de vivre par et pour eux-mêmes, ou en les aimant mal.
Il est significatif de noter que Doré ne représente pas d'autres « mauvais » parents que ceux du PP et l'ogre, comme s'il avait voulu atténuer cet aspect des Contes de P. en circonscrivant le cas des parents indignes aux classes misérables ou aux personnages monstrueux des ogres : était-ce pour ménager la susceptibilité des familles bourgeoises auxquelles était destinée l'édition Hetzel ?
C/ Relations fraternelles
Pas de fratrie ds les Contes en vers alors que frères et s½urs apparaissent dans tous les Contes en prose sauf PCR. Là encore, le conflit et la jalousie dominent les relations fraternelles, hormis ds BB où l'harmonie et la solidarité règnent entre les quatre jeunes gens.
- Les différences entre frères et s½urs sont la source de la jalousie et des conflits :
o Différence de statut ou de rang ds fratrie : entre enfants issus de différents mariages (Cendrillon, victime de discrimination et de persécution de sa belle-mère et demi-soeurs), ou bien selon l'ordre de naissance : le cadet se retrouve le plus souvent en position de souffre-douleur ou de laissé-pour compte (PP, Fées, CB , rappeler la probable allusion autobio au cas de Perrault).
o Des différences physiques, intellectuelles et morales : Cendrillon « avec ses méchants habits ne laissait pas d'être cent fois plus belle que ses s½urs », comme la cadette des Fées. Inversement ds Riquet c'est la cadette qui est « extrêmement laide » alors que l'aînée est d'une beauté qui n'a d'égale que sa laideur. On se souvient combien les 2 s½urs de ce conte sont l'antithèse ou l'inverse symétrique l'une de l'autre, comme les s½urs ds Les Fées. Or, dans ce monde sans pitié ni justice, les plus faibles et les meilleurs du point de vue moral sont aussi les plus mal traités, victimes de toutes les injustices : Cendrillon, les Fées, CB, PP.
o On verra ds seconde partie que le schéma des contes consiste justement à renverser la situation, à assurer la revanche triomphale des faibles ou des victimes.
o BB est le seul conte où la fratrie apparaît unie, aimante et solidaire : pas de rivalité entre les deux s½urs même si c'est la cadette qui a choisi d'épouser BB, éblouie par ses richesses. Elle sera sauvée par sa s½ur Anne qui fait le guet et par ses deux frères. En signe de reconnaissance, la veuve de BB emploe d'abord son héritage et son temps à assurer le bonheur et la fortune de ses frères et s½urs avant de s'occuper de se remarier. D. met bien en valeur cette solidarité fraternelle en représentant les 2 frères galoper côte à côte tandis que les 2 s½urs se tiennent en haut de la tour ; idem dans illustration du meurtre de BB.
o Au contraire, D. souligne la mise à l'écart du cadet ds illustrations du PP (mise à l'écart qui est aussi un signe d'élection et d'héroïsme) hormis ds scène où enfants affamés se hissent vers nourriture, comme s'ils ne pouvaient être unis que par ce besoin vital.
o Ailleurs, D. semble s'intéresser à l'individu plus qu'à la fratrie, qu'il ne représente pas pour Cendrillon ni pour les Fées ou Riquet ou BBD. Seules les petites ogresses ds PP sont représentées, d'une manière qui souligne d'ailleurs leur ressemblance entre elles comme avec leur père.
Si les relations familales sont au c½ur des contes, ce n'est pas seulement parce que ceux-ci en offrent une représentation schématique, propre à susciter l'identification fantasmatique des lecteurs, mais aussi parce que la famille est le véritable enjeu dramatique, l'objet de la fuite et de la quête des personnages.
II. La famille, à fuir ou à reconstruire, est le moteur de la quête des héros
Cette partie sera reprise dans l'étude sur le motif de la quête. Je passe donc un peu plus vite.
1. De la loi des plus forts à la revanche des plus faibles
La plupart des héros des contes doivent quitter leur foyer ou leur famille d'origine afin de prendre leur revanche sur des injustices, prouver leur valeur et trouver leur place au sein d'une société ou d'une communauté plus harmonieuse.
PA fuit pour échapper à son père incestueux, G doit s'éloigner, certes sous la contrainte, de son époux tyrannique, le PP et ses frères sont abandonnés en raison de la famine, le maître du CB va rompre avec son milieu d'origine pour s'élever providentiellement ds la société, à l'instar de Cendrillon ou de la cadette ds Fées. Le dénouement de ces contes correspond à un retournement de situation, assurant le triomphe et la récompense de ces diverses victimes du sort.
Seuls les SR et PCR s'écartent de ce schéma parce qu'ils relèvent d'autres modèles (conte facétieux et conte d'avertissement).
2. L'aide des figures parentales de substitution
Pour parvenir à ce retournement, les héros initialement désavantagés bénéficient de l'aide d'u « auxiliaire » ou d'un « donateur » selon terminologie de Propp : fée ou marraine ou les deux à la fois (PA, BBD, Cendrillon, Fées, Riquet) ou bien animal doté d'un pouvoir magique (PA, CB) ou encore objet magique (les bottes de sept lieues ds PP). Ces personnages viennent compenser les défaillances des parents dont ils figurent une sorte d'idéal protecteur, bienveillant, aimant sans contrepartie ni condition.
3. Du dysfonctionnement familial à la reconstruction d'une harmonie
- Les épreuves et la vertu des héroïnes ds Grisélidis et PA ramènent leurs persécuteurs à la raison. Le père renonce à son désir incesteux (lire le passage adéquat ds PA) et permet ainsi à sa fille de faire un heureux mariage. Le mari de Grisélidis fait de même envers sa fille tout en promettant de « réparer / par tout ce que l'amour peut avoir de plus doux/ le traitement dur et barbare » qu'il a infligé à son épouse.
- Une fois disparue la gd-mère ogresse de BBD, le roi peut s'en consoler « avec sa belle femme et ses enfants », comme l'épouse de feu BB pourra oublier son premier mari auprès d' un second , « fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec BB ».
- Cendrillon, le PP témoignent de leur mansuétude envers leur famille initiale : relire le dénouement de chacun de ces 2 contes, pour les opposer à ceux des Fées et de Riquet (sort tragique de la mauvaise s½ur ds l'un, tandis que la cadette laide mais intelligente est totalement éclipsée ds Riquet) : entorses à l'idéal d'harmonie retrouvée ?
- Signaler en outre que ces fins heureuses ne sont par définition jamais développées, laissées seulement à l'imagination du lecteur, ce qui peut souligner leur caractère quelque peu illusoire, conventionnel.